Chronique – Dylan Municipal – Nieuport/Nieuwpoort.

a1939244658_10

« Dada est contre le futur. Dada est mort. Dada est idiot. Vive Dada. »


Souvent Desproges me manque. L’époque a été désertée par l’ironie, les princes du second degré, les poètes comiques, les lucides héroïques. Vous m’objecterez que l’époque ne prête pas à rire. Pourtant ça rigole : sur Canal, on se moque des gens qui ne sont pas comme eux, chez Ruquier on rit aux dépens de n’importe qui, sur Facebook tout le monde est LOL et PTDR. Mais en vrai ce n’est pas drôle. Des vannes faciles et méprisantes, des poses, des postures, une tonne de donneurs de leçons faussement cool et branchés qui finissent tous par se vautrer dans un cynisme hautain et snob qui ne fait rire que leurs e-courtisans. En même temps, il faut avouer que l’humour dans la musique est un exercice à haut risque. Tout le monde n’est pas Jacques Lanzmann. Pour réussir il faut se montrer intransigeant sur ses bases : l’écriture, la composition, la musicalité. Éviter de céder à la facilité, à la paresse de la punchline facile, gratuite. Pour un Philippe Katerine qui a tendance à se caricaturer combien de Thomas Boudineau (Le Flegmatic) pour reprendre le flambeau d’un humour à la dérive ?

Avec son univers ‘électrock’ nerveux, tendu, ses paroles chantées, scandées, narrées, récitées et son humour ravageur, Dylan Municipal est l’une des exceptions qui confirme la règle. Et quelle exception. Sur fond de mélodies diablement affriolantes, Dylan Municipal essaime sa poésie tour à tour surréaliste ou impressionniste, entre quotidien de terroir et miroir d’une société qui navigue à vue, ressuscitant au passage les bandanas ou les walkman auto-reverse et incitant à regarder Kazero avec un autre regard (pour les plus distraits Kazero c’est ça : Thaï Nana – non ne me remerciez pas, c’est de bon cœur).

Probablement peu sujet aux influences d’une mode apathique et sans imagination, surement imperméable aux diktats d’une pensée majoritaire cool mais assez peu impertinente, le groupe prouve avec ce nouvel album que la chanson en français ne sera pas uniquement déprimante, neurasthénique ou condamnée à un auto-apitoiement pleurnichard. Démarrant en trombes sur Briquet vengeance et Nieuport, un duo de titres en béton, le voyage se poursuit au son de claviers satellisés, d’une batterie nonchalante et d’une voix pince-sans-rire. De Courtermisme II, hymne de transe électro minimaliste à Sympa je donne mon sang, et ses guitares aguicheuses, en passant par le monumental Soucis & Saucisses & Sosies, tube dansant de fin de soirée Dada, tout est tiré au cordeau, maitrisé et franchement emballant. L’héroïque Pas de Styx clôt la remontée de ce fleuve à la recherche vaine d’un Colonel Kurtz indie. « This is the end. My only friend, the end. Of our elaborate plans, the end. »

Tout cela me redonne la foi et l’envie. Au-delà du plaisir musical, car c’est d’abord un excellent disque avec d’excellentes chansons, cet album me ramène au cœur d’un rectangle des Bermudes des sourires disparus : quelque part entre le non-sens des Monthy Python, la tendre ironie d’un Wes Anderson, le dilettantisme chic d’un Dutronc et la finesse sombre et caustique d’un Desproges. Un album à déguster en prenant son temps, un album jouissif qui ne sacrifie pas l’exigence musicale sur l’autel du propos. Une réussite, un plaisir. Hautement recommandable.

Matthieu Dufour


Je vous laisse découvrir Soucis & Saucisses & Sosies, blockbuster à l’image de ces empêcheurs de vivre au carré.

Publicités