Chronique – Hugo Seurel – L’envie.

Sans titre


La réalisation minimaliste (peut-on encore parler de réalisation ?) et prétentieuse de Benjamin Duras qu’on a connu plus inspiré (N°6, Emilie Varin, …), peine à masquer le manque d’imagination total d’un disque sans intérêt. Hugo Seurel gagnerait probablement à choisir entre auteur-compositeur et ambianceur/analyste politique sur Facebook. Mélodies vaines, paroles indigentes, chant paresseux : la plupart des morceaux ne mérite pas le nom de chanson. A l’heure où n’importe quel digger un peu curieux arrive à dénicher une pépite underground tous les deux jours, je ne comprends pas comment des types comme lui arrivent encore à trouver quelques dizaines de crétins (désolé mais je n’ai pas trouvé d’autre mot) pour financer un tel projet (ces contributeurs feraient mieux de dépenser leur argent utilement en prenant rendez-vous chez leur ORL plutôt que d’investir dans une copie manuscrite et dédicacée d’un titre de l’album). Car bien entendu, vous l’aurez compris, les mafieux hors sol du financement participatif sont encore de la partie avec leur crowdfunding rebaptisé « pré-commande ». Je préfère ne pas penser à quoi a bien pu servir l’argent. En tout cas, certainement pas à payer un « livret » qui se présente sous la forme d’un carré R°V° imprimé chez Copytop sur du 80 grammes d’entrée de gamme. Pas plus qu’ils n’ont jugé utilise d’embaucher un vrai photographe pour la photo vaguement allusive et supposément drôle, pochette vraisemblablement réalisée sur PowerPoint par le fils du chanteur. Bref, après nous avoir embarrassé en nous livrant les détails les plus intimes de sa rupture sur son précédent EP, Hugo Seurel nous promet l’envie mais nous condamne à l’ennui. L’été sera long.

Comme de nombreux « artistes » de sa génération, Seurel est intiment persuadé que sa vie nous intéresse et que le monde de la musique attend ses créations avec impatience. Comme les autres, il se leurre et vient grossir la cohorte des chanteurs et des groupes dispensables qui ne font qu’éloigner le public un peu plus de la musique. La crise du disque est aussi une crise de la création.


© Matthieu Dufour