Read-list BD.

 


Gros rattrapage de gros retards au rayon BD. Quelques gros coups de coeurs, du rire, des larmes, des chocs, des émotions, la vie quoi. Quelques mots sur celles qui m’ont le plus touché.

 
Émile Bravo poursuit chez les Éditions Dupuis sa formidable relecture de l’univers de Spirou. Place à la guerre et à l’arrivée des Allemands sous le regard de Spirou et Fantasio. C’est à la fois frais, drôle, intelligent et pertinent. Si le trait renvoie parfois aux grandes heures de la BD belge, le propos est d’une modernité confondante. Vivement la suite.
 
Van Hamme et Simon signent avec « Kivu » une BD bouleversante chez Le Lombard. Une approche très réaliste et empreinte d’humanisme pour décrire les horreurs qui se déroulent à ciel ouvert en RDC dans ces terres riches et pleines de sang. Avec une lueur d’espoir malgré tout, apportée par le Dr Mukwege, prix Nobel qui oeuvre à la reconstruction physique et psychologique des femmes victimes d’agressions sexuelles épouvantables. Une sorte de docu-fiction poignant et captivant.
 
Avec « Le frère de Göring », Arnaud Le Gouëfflec (par ailleurs romancier, auteur, compositeur, chanteur, patron de l’excellent label L’Eglise de la petite folie) et Steven Lejeune mettent brillamment en lumière le destin singulier du frère d’Hermann, Albert Göring, dans un thriller politico-judiciaire. En attendant le volume deux, Abert qui s’est rendu spontanément aux Alliés et affirme avoir sauvé de Juifs, est soupçonné (a minima) de complicité et risque de se retrouver à Nüremberg. C’est chez Éditions Glénat BD.
 
Enfin colorisé, « Rampokan » de Van Dongen nous emmène en Indonésie juste après la guerre. Nous y suivons un conscrit de retour sur les terres de son enfance pour combattre les « terroristes » en renfort de l’armée des Pays-Bas. Ligne claire magistrale, cette histoire en deux volumes dépasse le simple cadre historique local pour offrir une belle réflexion sur la liberté, la résistance, la décolonisation, le « chez-soi ». Dans la collection Aire Libre chez Éditions Dupuis.
 
« L’adoption », là aussi en deux volumes chez Grand Angle. Touchante histoire d’un grand-père réticent à l’arrivée de sa petite-fille adoptée qui bouleverse l’ordre établi. Réflexion subtile et émouvante sur les questions de filiation, des liens du coeur et du sang avec une intrigue qui surprend à mi-parcours. Une douce réussite. Signé Zidrou et Arno Monin.
 

Enfin, très en retard (2017 dans sa version française, 1982 au Japon), « Je suis Shingo » de Kazuo Umezu. Satoru, un jeune garçon est obsédé par un robot qui vient de débarquer dans l’usine où travaille son père, en même temps qu’il fait face à ses premiers émois. Le trait de ce maitre de l’horreur (« L’école emportée) est véritablement fantastique et déchirant. Réflexion sur les rapports de l’homme et de la machine, sur la famille quio peut aussi être une prison, anticipation de la place des écrans et du code, « Je suis Shingo » emporte tout sur son passage et laisse tremblant chaque fin de chapitre. À la fois sombre et émouvant, gros coup de coeur. C’est chez Le Lézard Noir.



© Matthieu Dufour


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