La trilogie hambourgeoise – Cay Rademacher.


Décomplexant le lecteur de polar en lui donnant l’impression de réviser son histoire tout en se détendant, le polar historique a le vent en poupe. À la suite de Philip Kerr et de son héros Bernie Gunther de nombreux auteurs se sont notamment engouffrés dans la brèche « germano-nazie ». Avec plus ou moins de talent. Pour sa part, Cay Rademacher réussit brillamment sa percée sur ce créneau.

Parmi les bonnes idées à son actif, celle de fuir un Berlin trop marqué, trop référencé pour Hambourg, est excellente. Cela permet au lecteur de se plonger avec passion dans le quotidien de l’après-guerre plutôt que de partir à la recherche de personnages, de lieux ou de faits historiques trop connus.

Mais si une intrigue serrée est indispensable au plaisir de ce type de lecture, le succès de ce genre de roman réside surtout dans la capacité de l’auteur à créer un (anti)héros attachant, un homme ou une femme qu’une période troublée de l’Histoire confronte à ses erreurs, ses peurs, ses fantasmes. Un personnage qui nous renvoie à nos propres troubles.

Dans les trois volumes de cette trilogie, c’est franchement réussi. Et au-delà des enquêtes qui nous embarquent dans une ville qui peine à se relever, où chaque jour il est compliqué de se nourrir, de se chauffer, de se loger, de s’aimer, dans un amas de ruines où des bombes alliées risquent encore d’exploser, l’auteur parvient rapidement à nous rendre l’Oberinspektor Frank Stave indispensable. Hanté par la mort de sa femme lors d’un bombardement, détruit par la disparition de son fils, Stave essaye de continuer à faire son boulot et de (sur)vivre malgré les circonstances et les démons qui le rongent.

Dans L’assassin des ruines, le premier volume de la série, nous sommes propulsés en 1947 pendant l’hiver le plus froid du siècle. Tout est bloqué par le gel, la nourriture est rationnée et le marché noir est le tube de l’hiver. Pas facile d’enquêter sur des meurtres dans ces conditions.

Dans L’orphelin des docks, l’inspecteur Stave va enquêter avec l’aide de son complice James MacDonald (lieutenant de l’armée d’occupation) sur le meurtre d’un enfant dans un entrepôt et découvrir la sauvagerie d’une ville qui ressemble à une plaie béante.

Dans Le faussaire de Hambourg enfin, Frank Stave quitte la brigade des Homicides pour rejoindre l’Office de lutte contre le marché noir, un marché noir qui s’apprête à vivre ses dernières heures juste avant l’arrivée du Deutsche Mark et l’ouverture d’une nouvelle ère pour la ville et le pays.

Portés par une écriture forte, authentique, à la fois documentée et terriblement humaine, ces trois volumes se dévorent.

La trilogie hambourgeoise est une grande réussite.

À glisser dans votre valise cet été sans aucune hésitation.

C’est aux Éditions du Masque.


© Matthieu Dufour