RARI – The Arch – Part Two.


Pas évident de se frayer un chemin bien à soi dans l’abondante production électro qui, trop longtemps privée de clubs pour cause de virus, se propage, usant et abusant parfois des joies et des facilités du streaming. Pas évident de se forger un son qui se distingue sans pour autant renier ce que l’on est dans l’espoir de séduire un label. Ceux qui y parviennent sont probablement des explorateurs dans l’âme qui, après avoir trainé leurs guêtres et leurs potards jusqu’aux confins les plus lointains des genres et multiples sous-genres de cette musique éminemment émotionnelle, s’en remettent enfin à un goût du son en prise direct avec leurs tripes. Qu’ils s’aventurent sur les sentiers sensuels d’une deep house hédoniste et élégante comme Aleksandir ou plongent dans les profondeurs d’une techno en (ou)trance à l’instar de Space 92 (tous les deux programmés aux récentes Trans Musicales), ils avancent en se délestant du qu’en-dira-t-on pour délivrer des tracks qui leurs ressemblent, convaincus qu’elles rencontreront nos propres tourments.

RARI est clairement de cette trempe, de ceux qui ne veulent plus faire de compromis et sont prêts à exploser les codes de chapelles souvent trop rigoristes pour leur imagination et leurs envies d’une musique qui touche à l’âme. Confirmant mon gros coup de cœur d’il y a deux ans pour son EP Quantics, le Bruxellois ne cesse de m’étonner et de m’emballer à chacune de ses nouvelles sorties. Continuant à fracasser joyeusement les murs qui se dressent encore parfois entre atmosphères synthétiques et pulsions post-rock, tour à tour sensuel et violent, charmeur et flippant, RARI marie avec une grâce insolente des mélodies à la mélancolie sexy et des beats à l’intensité sombre et orageuse. Avec la seconde partie de son projet The Arch, il installe définitivement un son à part et nous embarque pour une virée riche en émotions, en ruptures et en étreintes. Façonnant la bande-son immersive d’une époque à la dérive, RARI syncrétise ses émotions les plus intimes et les tourments du chaos montant, nous invitant à descendre au plus profond de nos entrailles pour faire face à la fois nos démons et à nos rêves, interroger nos amours, nos espoirs et notre relation à ce et ceux qui nous entourent.

Des premières notes hyper mélancoliques et ambient du featuring aérien de Nele de Gussem (The Move) bientôt percutées de plein fouet par des éclairs tranchants, à l’atmosphère contemplative et vénéneuse de Swans, en passant par la rage dansante et post new wave d’Idols et l’angoissante montée électro de Gallows, le producteur belge fait étalage de sa classe et de sa singularité, sans concessions, avec une certaine audace prouvant qu’il reste encore beaucoup de frontières à franchir, de terres vierges à défricher et que la lumière peut jaillir des coeurs les plus entaillés et des moments les plus sombres. Salutaire par les temps qui courent. Et totalement addictif.


À écouter ici : RARI – The Arch – Part Two


© Matthieu Dufour