Trans Musicales 2021 – 2.

À quoi tient le succès de ce festival ? À sa programmation toujours aussi inédite, transgenre et cosmopolite ? À son public où familles, curieux de tous âges, passionnés, professionnels et fêtards se mélangent ? Surement un peu de tout cela. Mais quand on voit surgir Jean-Louis Brossard en début de soirée sur la scène du Hall 3 pour introduire les Mancuniens de Blanketman devant un public encore clairsemé (mais ambiancé par l’électrisant DJ Anatole transe), on comprend que Les Trans durent aussi parce qu’elle possèdent ce petit supplément d’âme qui fait une grande différence. Cette passion pour la musique, cette soif de découvertes, cet enthousiasme toujours communicatif de leur fondateur plus de 40 ans après, sont des signes qui ne trompent pas : ce festival n’est pas tout à fait comme les autres.

Quel plaisir de se perdre à nouveau dans ce Parc Expo, quelle joie d’errer à la recherche du prochain concert, de se précipiter vers un hall pour découvrir un groupe dont on a entendu dire le plus grand bien et de s’arrêter dans un autre, happé par des sonorités séduisantes. Jeudi soir il y avait entre autres le spectacle immersif d’un Yann Tiersen électro, l’étonnante pop de Daði Freyr, ou encore le trio chypriote Monsieur Doumani.

Et donc les anglais de Blanketman. Ce quintet propose un post-punk survitaminé qui trouve ses racines chez quelques glorieux ainés locaux mais sait aussi se faire plus chaleureux, plus joyeux, plus lumineux. Sur scène, ils ne font pas semblant et balancent leurs riffs barbelés avec l’énergie sans faille de la jeunesse qui y croit encore. Soutenus par une rythmique implacable et tranchante, leurs morceaux explosent comme autant de grenades à fragmentation dans le ciel d’un hall qui s’est peu à peu rempli et commence sérieusement à remuer.

Parfait pour lancer la soirée et accueillir à leur suite la sensation locale Gwendoline. Attendus au coin de la lande, ils arpentent la scène avec un mélange étonnant d’aisance et d’hésitations. Montés sur ressorts, ne tenant pas en place ils enchainent leurs discussions de comptoirs chantées ou parlées sur fond de new wave diablement sexy et dansante. Entre j’m’en-foutisme alcoolisé et désespoir lucide de fin de soirée, spleen d’un quotidien qui rame et ironie acérée des esprits clairvoyants, Gwendoline n’est surtout pas là pour faire la morale ou donner des leçons de vie. Touchant en plein coeur les laissés pour compte de la start-up nation et tous ceux qui essayent de survivre comme il peuvent dans un monde qui s’affaisse, ils font mouche avec leurs punchlines espiègles et potaches, qui derrière un rideau de fumée désabusée, cache une belle humanité. Celle de la vie réelle, celle qui ne se ment pas. Ce qui n’était peut-être qu’une blague au début risque fort de devenir un groupe qui compte dans le paysage indie français. Une fois de plus, en écoutant ses tripes, Jean-Louis Brossard a vu très juste. Tout simplement épatant.


© Matthieu Dufour