Les teutons flingueurs : Kraftwerk à la Fondation Louis Vuitton.

 
Quelques réflexions sur le concert de Kraftwerk à La Fondation Louis Vuitton suite à la lecture de l’article des Inrocks (j’adore tellement détester ce que j’ai adoré : c’est trop cool) et à quelques conversations entendues à la sortie. Des réflexions qui rejoignent et complètent les débats occasionnés par le concert de Morrissey par exemple (voir les commentaires sous le live report ici : M le Magnifique) ou la soirée Tombés pour la France de Daho (voir ici : Tombés pour la France Daho fait débat). Bref,

Pour avoir tous les détails sur ces concerts, et notamment la soirée Computer World où j’étais, vous avez le vrai live report de Tsugi qui colle parfaitement à ma perception et me paraît très juste (voir ici : On y était : Kraftwerk à la Fondation Louis Vuitton).

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Retraite dorée

A écouter certains, nous aurions donc à faire à un ramassis de papys profiteurs, des feignasses se reposant sur leurs lauriers et se foutant ouvertement de notre gueule en reconditionnant leur vieille musique dans un emballage neuf pour nous extorquer le peu d’argent qu’il nous reste. Un des reproches entendus est le principe même de tourner avec de vieux disques et de n’avoir rien sorti d’intéressant depuis 81 et Computer World.

S’ils peuvent se le permettre c’est que la qualité de leur musique est imparable : ce n’est pas le genre de musique que l’on retourne écouter uniquement par nostalgie. Kraftwerk est un groupe majeur, un des plus importants en termes d’influence et d’inventivité, qui a produit une poignée d’albums fondamentaux, et pas uniquement pour la techno. Au-delà du réel plaisir qu’il y a à entendre à nouveau ces titres, c’est intéressant pour tout amateur de musique de se baigner à la source. Ensuite, je préfère sans hésitation un groupe qui arrête de sortir des disque s’il n’a rien de nouveau à raconter plutôt que de balancer mécaniquement des albums moyens (je ne citerai pas de noms mais les exemples se ramassent à la pelle). Il est d’ailleurs probable que si Kraftwerk le faisait, les mêmes grincheux leur reprocheraient alors…

Mais surtout, leur musique (et leur propos) reste pour moi d’une modernité effarante : il faudrait plutôt reprocher à nombre de leurs successeurs ne n’avoir pas inventé grand chose depuis. A réécouter ainsi Computer World, et un résumé de leur carrière (depuis Autobahn jusqu’à un enchainement très convaincant de titre tirés de The Man-Machine, notamment The Robots ou The Model ou encore le titre éponyme de l’album, en passant par un super Radioactivity), on se rend compte à quel point ils étaient en avance. Et franchement, revisités et réinterprétés ainsi, la plupart de ces titres pourraient truster le haut du panier de l’électro actuelle. C’est d’ailleurs un autre reproche majeur, certains parlant de trahison, qui leur est fait : avoir osé revisiter les originaux. Oh la la… Quel scandale. Alors primo c’est leur musique : ils en font exactement ce qu’ils veulent. Secundo, c’est plutôt remarquable de voir à quel point les compositions, les structures étaient avant-gardistes et inventives. Et puis faut arrêter avec la nostalgie : Goodbye Lenin les gars. On ne peut pas leur reprocher à la fois de n’avoir rien sorti depuis trente ans et de faire évoluer leurs morceaux.

Mine de rien, avec leur air impassible et flegmatique, boudinés dans leurs costards moulants de super héros cosmiques, les tontons flingueurs allemands ont distribué ce soir-là quelques bourre-pif assez costauds devant gratin de la nouvelle french touch présente dans la salle, éparpillant quelques prétentions façon puzzle. De nombreuses stars électro actuelles ont quand même une sacrée dette envers eux (ce qui n’enlève rien à leur talent ni à la qualité de leur musique).

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Concept prétentieux

Le reste des reproches est un peu anecdotique mais en vrac : concept prétentieux (un lieu élitiste, un soir, un album), places chères, intérêt de la 3D, etc.

Au final, c’est plutôt sympa de sortir des habituelles salles de concert pour aller découvrir ce lieu tout récent. Et le concert durant deux heures, le cadre strict de l’album est largement dépassé et laisse place à un best of de grande tenue.

Ok 60 € c’est un montant, ce n’est pas rien. Mais honnêtement pour voir un groupe que j’aime, que je ne risque pas de voir tous les ans, un groupe mythique et aussi important qui délivre pendant deux heures un spectacle de grande qualité dans un lieu original, j’ai l’impression d’en avoir pour mon argent. Juste comme ça… Enrique Iglesias 51/73 €, Calogero 33/65 €, Johnny 45/150 €, Shym 29/52 €, Obispo 52/63 €.

Quand au choix de la 3D il s’avère franchement sympa et parfois bluffant. Le kitsch des visuels est évidemment volontaire même si visiblement ce n’était pas limpide pour tout le monde. Comme le souligne justement Tsugi cela « donne un juste contrepoint au poids parfois pesant de leurs mythiques compositions » et cela apporte un décalage, une forme d’ironie plutôt bienvenue à la soirée.

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Sacrée soirée

C’était donc une vraie grosse soirée, dense, pleine d’excellente musique, un spectacle complet, visuel sonore. Ce n’était pas un concert au sens strict du terme avec une salle reprend en chœur le refrain, danse et attend une blague du chanteur. L’ambiance était plutôt recueillie. Mais franchement on s’en cogne. Voir Kraftwerk et sourire. Un beau souvenir.

© Matthieu Dufour

 

PS : après, chacun fait ce qu’il veut mais payer une place 60 euros et passer la soirée à guetter ce qui ne va pas, à mon avis c’est plutôt ça le problème.