Interview – Julie Seiller (Josef).

Photo by Audrey Moraux

Photo by Audrey Moraux

La musique et vous ça remonte à quand ? Vous avez toujours composé ?

J’ai toujours « joué » avec la musique, mais je la pratique sérieusement depuis 6 ans. C’est avec l’album de Cabine (trio avec Thomas Poli, et Stéphane Fromentin) en 2008, que tout a commencé.

Il y a une « offre » pléthorique (et souvent de qualité) en France en ce moment, dans plein de registres différents : vous regardez, vous écoutez ce qui ce fait ou pas du tout ? C’est stimulant ?

J’adore découvrir, être touchée, surprise ou déçue, ça fait partie de la vie ! Oui, il y a de plus en plus de découvertes, la musique s’est vraiment popularisée tout en cheminant vers une exploration du son toujours plus fine… Je trouve les jeunes groupes actuels plutôt aventureux, en tous cas ceux que l’on retient ! Et, c’est vraiment stimulant oui !

Il y a des gens, des projets dont vous vous sentez proche ?

Je pourrais me sentir proche autant de Devendra Banhart, Bill Calahan que de Timber Timbre ou de PJ Harvey, ou même de Tom Waits… alors que nos musiques ne sont pas les mêmes…

Cette abondance complique forcément la vie des artistes émergents, surtout avec des médias traditionnels qui ont un peu démissionné : comment vit-on ça ? Vous arrivez à composer, écrire sereinement sans trop vous préoccuper de la suite ?

Perso, j’écris d’abord pour moi, et oui, c’est égocentrique, mais depuis toujours je passe beaucoup de temps soit à dessiner, élaborer des projets de mise en scène ( mon travail rémunérateur étant la performance en théâtre ), faire des bidouilles musicales, etc. Alors, j’évite autant que je peux de me prendre la tête avec les questions de l’industrie. En fait, plus je mûris, plus je m’écarte de ces questions. Je pense qu’un artiste est heureux quand il fait sa chose coûte que coûte, et, faire partie des élus ou pas, n’est finalement pas si important. Par contre la question économique est importante. Réaliser un album réunit une petite équipe et de la technique, ça coûte des sous ! Et c’est là qu’il faut être imaginatif !

Mikael Charlot du groupe La Rive a écrit « Faire de la musique, écrire des chansons, exprimer ses émotions est une chose naturelle. Tout le reste, aller vers les gens, réclamer de l’attention, une écoute, chercher une audience, ne l’est pas. » Je trouve que cela éclaire pas mal une situation où le marketing, la communication prend parfois de l’importance au détriment de l’artistique : quel est votre rapport à la promotion de votre travail ?

C’est nouveau ! Justement, et c’est avec Microcultures que je suis en train de me rendre compte qu’il peut y avoir de chouettes façons, et de se faire connaître, et de réunir de l’argent… La promotion, oui, c’est un métier, comme on dit, et entant qu’artiste j’ai toujours eu du mal avec ça. Mais aujourd’hui, autant au théâtre qu’en musique, je trouve intéressant de s’y frotter, de comprendre, parce que c’est notre réalité… Par contre je ne suis pas encore au point, c’est clair ! Mais, actuellement, des choses se fabriquent, et au vu de la conjoncture actuelle, les artistes sont un peu obligés de se pencher sur la question.

Photo by Caroline Ablain

Photo by Caroline Ablain

Pourquoi avoir recours au crowdfunding à ce moment précis de votre parcours ?

Il s’agit de mon 1er album ! L’album de Cabine (my best friend is my song) a été complètement auto-réalisé à l’époque on était bien comme ça !

Pour Dry River et ce projet qui porte le nom de Josef, finalement, j’ai eu envie d’aller au bout d’un processus de vie d’un album, c’est à dire, réaliser un objet et pouvoir le diffuser…

Le crowdfunding est surtout venu parce que ce que propose Microcultures n’est pas qu’un service de crowdfunding, il y a un vrai questionnement, accompagnement.

Trouver un label aujourd’hui est vraiment difficile. J’ai fait quelques démarches, et soit on me dit non, on n’a pas la place, soit on n’aime pas, soit c’est pas assez commercial. Après ce petit tour, je me suis dit que finalement je préférais rester « indépendante » … Et, ce que propose la méthode du crowdfunding est réjouissant en termes « humains », je veux dire, créer un objet artistique à travers une communauté de gens qui y adhèrent, soutiennent c’est finalement très agréable, et ça va dans ce que politiquement je questionne aujourd’hui… Un besoin de communautarisme autour des questions sociales, politiques, etc. qui nous taraudent aujourd’hui…

Pourquoi choisir Microcultures, qu’est-ce qu’ils ont de spécifique ?

Comme je disais, ils entourent le projet. En termes de conseils pour le crowdfunding et aussi pour la suite. Se poser la question de comment on invite les gens à participer à un projet est une bonne question. Ca n’est pas qu’une question d’argent ! Ca devient aussi une belle aventure, une envie de rencontre, et on s’aperçoit que les gens sont là ! Microcultures permet ça, et aussi pour la suite, est de bon conseil sur la diffusion, la réalisation de l’objet, etc.

Comment vivez-vous l’expérience ? C’est stressant ? Vous consultez le « score » tous les jours ? Vous râlez si ça n’avance pas ? Vous avez envisagé que cela ne fonctionne pas ? Comment cela influe-t-il sur votre travail ?

Je découvre un nouveau pan de moi-même ! J’apprends à m’amuser de ça, et avec les interlocuteurs, et lorsque ça stagne, j’apprends à relativiser… Et pour  « l’échec », je me dis qu’il faut là aussi relativiser… pas facile !!! Ça n’influe pas sur mon travail, au contraire. Je suis déjà surprise d’en être à 60% et ça me ravit ! S’Il y a échec, je pense que je mettrai ça plus sur mon défaut de diffusion de l’info que sur la qualité de ce qui est présenté, parce qu’encore une fois, pour moi un objet artistique a toujours de la valeur quand il est fait avec honnêteté ! (Non je ne suis pas romantique ! )

Ce type de méthode implique une utilisation des réseaux sociaux : vous êtes à l’aise avec ? Vous avez « mobilisé » vos proches, vos amis… ?

On peut dire que je suis nulle avec ça, mais j’ai appris !!! , j’apprends et les amis, la famille, les réseaux aident… Finalement, on désacralise, et c’est un jeu ! Par contre, ce qui est sûr, c’est que je pourrais être plus efficace si j’avais plus l’habitude, si je connaissais mieux… Jean-Charles Dufeu (NDLR : créateur de Microcultures) me conseille au fur et à mesure de l’évolution du processus.

Est-ce une façon de nouer une relation différente avec votre public ?

Oui. Parce qu’on apprend à désacraliser le moment où on fait écouter pour la première fois par exemple, et aussi, faire appel à lui, c’est le mettre dans l’aventure, l’embarquer. C’est une sensation agréable que de pouvoir échanger avec les gens, en ce moment, par exemple, j’ai envie de proposer à la fin une grande fête avec tous les microcultivateurs, j’ai envie de rencontrer ceux que je ne connais pas, et de faire rencontrer des gens qui normalement ne se croiseraient pas ! C’est mon petit coté communautariste qui remonte, c’est à la mode… !