Interview – Mickaël Mottet (Angil and the Hiddentracks).

Photo by Thomy Keat.

Photo by Thomy Keat.

La musique et vous ça remonte à quand ? Vous avez toujours composé ?

Depuis mes 14 ans, quelque chose comme ça. J’avais appris le piano à l’âge de 6 ans, puis l’orgue. J’ai appris d’autres instruments (guitare, batterie) avec des amis et de façon autodidacte, et dès que je me suis senti capable d’aligner deux ou trois accords, je me suis mis à écrire.

Il y a une « offre » pléthorique (et souvent de qualité) en France en ce moment, dans plein de registres différents : vous regardez, vous écoutez ce qui ce fait ou pas du tout ? C’est stimulant ?

Ma curiosité est cyclique, mais je suis toujours ouvert aux bonnes surprises ! C’est effectivement encourageant, de découvrir des compatriotes doués. Mais ça marche dans les deux sens : je suis probablement encore plus acerbe avec ce qui ne me plaît pas si c’est français. J’ai la chance d’écouter les démos envoyées à mon label, We are Unique ; récemment, j’ai vraiment accroché sur une chanteuse qui s’appelle Dear Pola (NDLR – Chroniquée ici : A suivre – Dear Pola – Kaamos), par exemple. Je suis aussi enthousiaste à l’écoute des différents projets « solo » des Hiddentracks, comme The Flegmatic ( https://soundcloud.com/theflegmatic ), pour n’en citer qu’un.

Cette abondance complique forcément la vie des artistes émergents surtout avec des médias traditionnels qui ont un peu démissionné : comment vit-on ça ? Vous arrivez à composer, écrire sereinement ? Comment voyez/envisagez-vous la suite ?

Il n’y aura pas de suite pour nous. Nous avons enregistré ce qui sera le dernier maxi d’Angil and the Hiddentracks, et sortira en décembre. Je suppose que ça répond à ta question sur comment on le vit… La démission dont tu parles n’est pourtant pas générale ; mais j’ai l’impression que ceux qui nous ont soutenu restent des cas particuliers.

Mikaël Charlot de La Rive a écrit « Faire de la musique, écrire des chansons, exprimer ses émotions est une chose naturelle. Tout le reste, aller vers les gens, réclamer de lattention, une écoute, chercher une audience, ne lest pas. » Je trouve que cela éclaire pas mal une situation où le marketing, la communication prend parfois de l’importance au détriment de l’artistique : quel est votre rapport à la promotion de votre travail ?

J’ai de la chance : c’est le contraire pour moi. Promouvoir mon travail va de pair avec la composition, ça ne m’a jamais dérangé. J’ai presque eu le problème inverse, avec Angil : je n’ai jamais vraiment réussi à déléguer, et je suppose qu’on aurait été plus crédibles avec des intermédiaires.

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Vous avez déjà eu recours au crowdfunding à plusieurs reprises, pourquoi et qu’avez-vous retenu de ces expériences ?

Dès le début du groupe, j’avais créé la « Hidden List », une sorte de club auquel on pouvait s’inscrire pour recevoir des nouvelles et des chansons inédites. Microcultures me semble être la continuité de cette initiative. Par ailleurs, mon label n’avait plus assez de moyens pour financer nos albums, mais tenait à maintenir l’objet disque en vie : le crowdfunding l’a permis. Ce que j’en retiens est donc extrêmement positif : sans l’appui des Microcultivateurs, on n’aurait sans doute pas pu sortir nos derniers objets.

Pourquoi choisir Microcultures, qu’est-ce qu’ils ont de spécifique ?

Un filtre. Ils choisissent les projets qu’ils défendent, et ça change tout. Techniquement (et étymologiquement), ça fait d’eux un label.

Comment avez-vous vécu ces expériences ? C’est stressant ? Vous consultiez le « score » tous les jours ? Vous râliez si ça n’avance pas ?

Ça m’est arrivé, oui ! C’est un stress inévitable, j’imagine. Il y a toujours une phase assez euphorique la première semaine, puis une stagnation parfois difficile à vivre, et en toute fin de projet, ça redécolle. Mais même en étant prévenu, je n’arrivais pas à rationaliser ; à chaque fois, je me suis dit « c’est foutu, cette fois on n’y arrivera pas ».

Vous avez envisagé que cela ne fonctionne pas ?

Oui, surtout sur le tout dernier projet, le dernier maxi d’Angil and the Hiddentracks (annoncé comme tel). Je craignais que les Microcultivateurs potentiels se disent « à quoi bon ? » Mais 101 personnes ont compris le principe.

Ce type de méthode implique une utilisation des réseaux sociaux : vous êtes à l’aise avec ? Vous avez mobilisé vos proches, vos amis… ?

Oui, nous avons tous essayé de jouer le jeu. Dire que je suis souvent sur les réseaux sociaux est un euphémisme, mais j’avais quand même des scrupules à solliciter mes connaissances chaque jour – condition pourtant nécessaire quand on est en campagne. Les posts deviennent un peu des slogans : chaque nouvelle manière d’attirer l’attention est bonne à prendre. Mais ça devient un peu embarrassant, depuis quelques mois : j’ai vraiment le sentiment qu’énormément de projets passent par le crowdfunding, les murs Facebook deviennent de vrais panneaux de pubs, où chacun cherche à se vendre. Sincèrement, il y a eu des jours où je me suis dit « wow, on est quand même tous en train de se transformer en putes de notre musique ».

Est-ce une façon de nouer une relation différente avec votre public ?

Absolument. A mon sens, c’est la seule valable.

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