Interview – François-Régis Croisier (Pain Noir).

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La musique et toi ça remonte à quand ? Tu as toujours composé ?

J’ai très tôt écouté beaucoup de musique de manière un peu boulimique et compulsive mais je ne me suis mis à composer que vers mes 25 ans. J’ai peut-être pris le temps de digérer et faire le tri…

Il y a une « offre » pléthorique (et souvent de qualité) en France en ce moment, dans plein de registres différents : tu regardes, écoutes ce qui ce fait ou pas du tout ? C’est stimulant ?

Pour être franc je ne me tiens plus vraiment au courant comme j’ai pu le faire à une époque. Je me fie maintenant plus aux rencontres et au hasard. Quand j’ai commencé Pain-Noir, je ne connaissais quasiment aucun groupe actuel chantant en français, j’en étais resté à Nino Ferrer, Dominique A ou Les Innocents. J’ai bien rattrapé mon retard depuis et j’ai pris quelques belles claques en découvrant Arlt, Orso Jesenska, Alma Forrer, Midget ou Baptiste W. Hamon.

Cette abondance complique forcément la vie des artistes émergents, surtout avec des médias traditionnels qui ont un peu démissionné : comment vit-on ça ? Tu arrives à composer, écrire sereinement sans trop te préoccuper de la suite ?

Ca ne me pose aucun problème. Avec St. Augustine, j’ai eu la chance de côtoyer un peu le merveilleux monde de la musique et j’ai pu constater que le cynisme et les petits arrangements sont souvent son lot quotidien. Cependant j’ai aussi rencontré des gens totalement passionnés et enthousiastes qui traitent le plus obscur des groupes comme ils traiteraient les plus illustres. Je continue donc à écrire mes chansons dans mon coin. Si elles doivent être entendues, tant mieux. Je sais que je peux compter sur le soutien de gens qui sont souvent devenus des amis et savoir que mes morceaux leur plaisent me suffit souvent.

Mikaël Charlot de La Rive a écrit « Faire de la musique, écrire des chansons, exprimer ses émotions est une chose naturelle. Tout le reste, aller vers les gens, réclamer de l’attention, une écoute, chercher une audience, ne l’est pas. » Je trouve que cela éclaire pas mal une situation où le marketing, la communication prend parfois de l’importance au détriment de l’artistique : quel est ton rapport à la promotion de ton travail ?

Mikaël résume très bien la situation. Je n’ai aucune appétence pour les stratégies de communication et fais souvent les choses à l’envers. Cependant c’est un peu bête de le dire comme ça, mais j’aime bien les gens. S’il ne s’agit pas à proprement parler de chercher une audience, j’aime bien rencontrer des passionnés et parler musique avec eux, que ce soit la mienne ou celle d’un autre !

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Pourquoi avoir recours au crowdfunding à ce moment précis de ton parcours ?

Je n’ai pas vraiment choisi le crowdfunding, je suis même assez réticent à l’idée de demander autant aux gens qui me suivent un peu. Ce qui m’intéressait était de travailler avec Microcultures.

Pourquoi choisir Microcultures, qu’est-ce qu’ils ont de spécifique ?

Nous nous sommes rencontrés au moment du projet Songs from another room, il y a 2 ou 3 ans et j’avais beaucoup aimé le côté communauté de passionnés. Contrairement à d’autres sites de crowdfunding généralistes, on trouve une exigence et un esprit communs aux projets défendus ici. De plus, Microcultures sort le disque de Pain-Noir en tant que label et ne s’occupe donc pas que du financement mais aussi de tout le « sale boulot » que le processus exige !

Comment as-tu vécu l’expérience ? C’était stressant ? Tu consultais le « score » tous les jours ? Tu râlais si ça n’avançait pas ?

La campagne est maintenant bouclée avec succès. Je mentirais si je disais que je n’ai pas consulté le score quotidiennement. Je suis d’un naturel plutôt optimiste et plutôt que de trouver que cela n’avance pas, je suis du genre à m’enthousiasmer à chaque fois qu’un nom se rajoute. J’ai donc trouvé ça plus excitant que stressant…

Tu avais envisagé que cela ne fonctionne pas ?

Honnêtement, non je n’y ai pas pensé. Pas par prétention, mais parce que j’étais tellement dans l’enthousiasme de l’enregistrement que je n’ai pas pris le temps d’envisager cette possibilité.

Comment te sentais-tu d’ailleurs à attendre la fin de la collecte alors que le travail artistique, l’album était terminé ?

Nous avons commencé la collecte alors que l’album n’était pas totalement terminé, ça m’a permis de me tenir l’esprit très occupé et ne pas être obnubilé par l’aspect financier des choses…

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Ce type de méthode implique une utilisation des réseaux sociaux : tu es à l’aise avec ? Tu as mobilisé tes proches, tes amis… ?

J’aime bien les réseaux sociaux et suis assez à l’aise avec, Twitter en particulier. J’ai tout de même essayé de ne faire qu’un minimum de relances car je n’aime pas trop l’omniprésence promotionnelle que le crowdfunfing implique trop souvent. J’ai la chance d’avoir eu des amis qui ont bien relayé la campagne et grâce à eux, j’ai pu éviter un trop grand harcèlement 2.0 !

Est-ce une façon de nouer une relation différente avec ton public ?

Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir vraiment un public dans le sens où l’acte de faire des chansons et l’acte de les écouter sont pour moi indissociables. Je m’imagine plus en membre d’une communauté d’échanges liée par des goûts communs. Une communauté qui comprendrait aussi bien les musiciens dont je me sens proche que tous ceux qui les écoutent et qui rendent donc notre existence tangible. Les réseaux sociaux permettent et favorisent malgré leurs limites ce type de relation et abolissent un peu l’espèce de hiérarchie musicien/fan qui ne me parle pas trop.