Chronique – Erevan Tusk – Growing (EP).

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Le nouvel EP d’Erevan Tusk est la preuve qu’on peut aujourd’hui en France de proposer une musique accessible et évidente mais de qualité, une musique qui donne envie au choix, de rêver, de bouger ses fesses, d’embrasser son voisin, de partir en voyage, de dire à ses amis qu’on les aime et qu’on devrait se voir plus souvent, de boire un (ou deux) Spritz, de danser, sans pour autant tomber dans la démagogie ou la facilité, de la pop au sens premier du terme, une musique populaire qui ne fait pas l’impasse sur l’exigence dans l’écriture, la composition et les arrangements. Ce qui paraît souvent évident de l’autre côté de la Manche est souvent plus délicat chez nous : cette culture de la pop song qui créé une émotion même éphémère, qui rapproche, qui mélange les classes et les genres, qui fait fi des étiquettes du moment que la chanson est bonne, se heurte souvent en France à des poses, des hypes ou des diktats pseudo-intellectuels teintés de mépris. Pourtant quel plaisir d’apprécier une bonne chanson pour ce qu’elle est : une bonne chanson. Bref.

Nous avons ici quatre morceaux qui devraient permettre à quelques extrêmes de se rejoindre enfin. Les quatre morceaux de cet EP forme en effet un condensé idéal d’une pop qui réconcilierait les fans indés et le grand public. Un voyage lumineux, vitaminé aux confins de territoires vierges, une expédition mélodieuse aux confins d’une nouvelle géographie, une virée aux quatre points cardinaux d’une pop qui sait mettre du soleil sur nos ombres mais aussi noircir le trait en plein cœur des éclats de ces pierres précieuses. Quatre points célestes comme autant de repères d’une vie qui défile en musique, comme la bande son universelle d’émotions intimes et partagées.

Growing ouvre délicatement la route, à la source,l’étoile mère de toutes les étoiles, je pars du Nord, pour renouer avec les bribes d’une enfance disparue mais jamais vraiment oubliée. Sur un tapis de batterie et de guitares délicates et en retenue, des nappes psychés viennent ralentir le temps qui file si vite, le temps de retrouver la mémoire et de voir défiler en slow motion les heures bénies d’une insouciance que je pensais alors innocente et éternelle.

Arrivé à l’Ouest, guidé par les éclairs de soleil de l’été naissant, j’ai rendez-vous avec mon adolescence. Fière et rebelle, hédoniste et dansante, elle surgit et emporte tout sur son passage, cavalcade solaire, When june came me cueille au saut du lit, en pleine rêverie et m’embarque pour une virée imprévue et joyeuse sur la côte, brillant et euphorisant, le morceau scintille et éclaire les longues soirées de l’été qui commence, promesse d’ivresse, de baies baignées de lunes rousses, d’envies assouvies, de corps emmêlés dans les clapotis et d’espoirs insensés.

Repartir un jour, sur un coup de tête, plein d’énergie et d’émotions contradictoires, avancer le départ pour ne pas souffrir, chercher un peu d’air, un peu d’espace de l’autre côté, direction plein Est pour une longue trajectoire plus posée, mais pas moins emballante : Juniper, road movie électro-pop, une main sur le volant, une clope dans l’autre, tel un cliché je file cheveux au vent, je sais que ma vie ne fait que commencer, que les rêves sont permis. Au bout de la route, peu importe ce qui s’y trouve, un autre monde m’attend. Je ne ferai qu’y passer, je le sais aussi, j’y poserai mon sac quelques heures, quelques jours avant de reprendre la route.

Car c’est au Sud que tout cela se terminera pour moi. Le naturel reprendra le dessus. Les envies de vitesse, de rythme, d’excès, de forces d’attraction contraires sont trop fortes. Sous le soleil brûlant enfin, retrouver l’envie d’en découdre avec mon destin, je veux de la musique forte et bienveillante, sucrée et dorée, des couleurs et des bulles qui pétillent dans les yeux, je veux des danses, des corps, des âmes qui se narguent, des mains qui s’attrapent, des paroles qui s’envolent, des courses les pieds dans l’eau et des sensations XXL façon grand huit. Sur un rythme endiablé, Harlequin m’y emmène tout droit.

En attendant l’album, je vais donc réchauffer mon hiver avec cet EP franchement épatant, petite bombe sur-vitaminée mais hyper élégante et vraiment stylée. Vague montante de chaleur en plein cœur de l’hiver, cette pop fière et lettrée, dansante et exigeante, soignée et euphorisante, est un beau concentré de savoir faire du quintet. Avec les jours qui rallongent, la ‘psychélectropop’ d’Erevan Tusk est le premier signe évident que l’on se rapproche des beaux jours.

Et même si je sais pertinemment que tout ne sera pas rose d’ici-là, ces étoiles accrochées au-dessus de ma tête suffisent à mon bonheur immédiat.

Matthieu Dufour