Chronique – Reza – Tornado.

a2825918587_10


Il y a dans la beauté sereine des chansons soignées de Reza quelque chose de la douceur ouatée de ces premières belles journées de printemps, quand le froid s’est enfin décidé à quitter la scène. Il y a dans cette égale beauté un peu de la sensation caressante des premières chaleurs de l’année, de cet apaisement qui me saisit à chaque retour, chaque retour à la vie, chaque renaissance à la lumière. Mes tourments n’ont pas tous foutu le camp pour autant, mais la vision tremblante d’un horizon perdu de vue, les silhouettes apparues de ces routes nouvelles, le goût retrouvé de certaines envies égarées, me régénèrent.

Il y a dans l’évidente musicalité des compositions délicates de Reza quelque chose de la langueur dorée, frémissante de l’été, un peu de ce temps qui prend enfin son temps, la tranquille assurance d’une saison dont je me promets de goûter avec gourmandise chaque heure, chaque minute, chaque seconde. Aller au ralenti, mais toujours de l’avant, l’esprit et le corps reconnectés, rejoints, présents sur ces routes dégagées, chaudes et pleines de promesse, au son de ces notes entendues au loin, ces accords parfaits, ces désirs de corps chavirés. Cette envie de trainer, d’oublier un instant les contraintes, les blessures, de cautériser les plaies au chaud soleil des jours sans fin.

Il y a dans le panache tranquille de la musique de Reza quelque chose des arrière-saisons douces et cuivrées de l’automne, de cette mélancolie qui ne nous quitte jamais totalement, de ces questions sans réponse, de ces doutes avachis sur le bord de la route, de ces envies pas toujours récompensées, ces flammes qui vacillent mais résistent, de cette volonté de faire durer, de ne pas lâcher, malgré les coups, malgré le prix à payer. Il y a dans cet univers protégé une lumière particulière, familière. De celles qui à la fois éclairent, rassurent et guident.

Il y a dans la voix grave et cicatrisante de Reza quelque chose des mystères piquants de l’hiver, un peu de ce feu sacré qui jamais ne faiblit. Il y a dans ce pop-folk doucement réjouissant du velours, de la soie, une capacité à nous relier à la vie, une vie débarrassée de l’accessoire, du superflu, de l’illusoire, de l’inutile. Car il y a aussi dans ce disque qui sait s’emballer subtilement quand l’engourdissement du spleen revenu nous gagne quelque chose de la magie des conteurs mythiques et éternels. Ces voix qui éclairent les nuits. La mémoire et la parole sauvegardées.

Comme une vie qui passe, année après année, les saisons défilent, les jours se lèvent, se couchent, la musique de Reza, elle,  est toujours là pour accompagner mes humeurs souvent changeantes avec une constante exigence : le goût d’une délicatesse permanente, l’ambition d’une qualité assumée, le devoir d’une musique qui possède une âme ; comme ces artisans qui mois après mois se lèvent, prennent le chemin de leur atelier et s’y remettent, font ce qu’ils savent faire, sans se soucier du temps qu’il fait, des intempéries, concentrés sur leur ouvrage. Seulement désireux de se prolonger dans leur travail, de se délivrer.

Tout ici est discrètement beau et classe, fin et travaillé. Preuve s’il était besoin qu’il n’est absolument pas nécessaire de montrer des muscles, de passer en force ou de chercher le buzz pour se faire entendre. S’il est une tornade, elle est bienveillante, enveloppante, elle emballe et séduit, jamais elle n’inquiète car je suis ici en terrain connu. Le genre de disque auquel je reviens toujours. Comme un ami fidèle à la présence réconfortante. Même quand il est loin.

La jolie bande originale d’une année passée entre espoirs tenaces et déconvenues cinglantes, amours évaporées et cœurs rallumés, cicatrices refermées et plaies béantes, chamades euphoriques et bravades romantiques.

Matthieu Dufour