Chronique – Les Innocents – Mandarine.

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Artwork by Frank Loriou

Est-il nécessaire d’évoquer les antécédents des protagonistes pour parler de leur retour ?

Leur brillant passé, leurs heures de gloire, leurs faits d’armes, leurs médailles, et finalement par la magie d’un banal transfert, se faire plaisir (et du bien) en convoquant à la barre de nos incertitudes ce bon vieux temps, celui d’un âge d’or fantasmé, quand nous avions paraît-il la jeunesse, la santé, la vie devant nous, les rêves, les amis et l’insouciance.

Ce nouvel album des Innocents est tellement limpide, évident que cela n’est pas nécessaire. Il suffit de se laisser happer tranquillement par les harmonies tissées par JP Nataf et JC Urbain. C’est un doux plaisir, immédiat et bienfaisant. Sucré. Vrai. Bio. Sincère. Une parenthèse enchantée dans un monde chaotique offerte par un groupe devenu duo, les maitres tranquilles d’un artisanat peut-être désuet mais qui ne sera jamais démodé. Mandarine ou la joie chaude et subtile d’un disque qui ne prend jamais personne de haut mais qui, au passage et l’air de rien, en remet quelques-uns à bonne distance dans la quête d’un graal hypothétique et dans la course aux ambitions pop.

Finalement peu importe ce paquet d’antiques photos jaunies, les souvenirs de ce pote d’école perdu pour la cause, les éloignements post-partum, les raisons des brouilles, ce qui compte c’est maintenant. J’envie presque celui qui ne sait rien de tout cela, celui qui n’a jamais fredonné Jodie, Colore ou Fous à lier. Il ne cherchera pas un sens caché à la chanson d’ouverture, il ne se demandera pas à quel autre titre du groupe elle lui fait penser, il se laissera juste envelopper par sa mélodie accueillante et se surprendra à la siffloter dans la rue. Au carrefour d’une pop efficace et solaire n’ayant parfois rien à envier à sa version anglo-saxonne, d’une chanson française plus intimiste, plus pudique et d’une écriture toujours ludique et parfois lunaire, Mandarine est un disque court mais ample.   Les philharmonies martiennes, Love qui peut, ou encore le superbe J’ai couru donnent le ton d’un très joli disque à mille lieues des prétentions boursoufflées de jeunes Rastignac qui pensent qu’il faut montrer ses muscles, intriguer ou en rajouter dans le mélo pour faire tomber les filles. Leçon involontaire de de grâce et de séduction musicale.

Alors pourquoi faire remonter à la surface toutes ces soirées de douce ivresse à fredonner leurs ritournelles délicates, toutes ces routes avalées au son d’une pop amoureusement brodée, ces baisers échangés, ces mains serrées, ces clins d’œil complices, ces embruns affrontés le soleil dans les oreilles ? Ce disque généreux est la preuve que tout cela n’est pas du passé mais bien devant nous. Il y aura d’autres matins d’été à flâner sur la terrasse d’une âme sœur, il y aura toujours une vieille bossa à écouter un soir que l’on espèrera sans fin, il y aura toujours un ami précieux à prendre dans les bras. Oui, ce soir, le meilleur est à venir.

Philharmonie : amour des harmonie, de la musique, de l’harmonieux. Un zeste de poésie martienne. Le remède parfait au blues insidieux du dimanche soir et un baume à apposer sur la moindre égratignures du quotidien. Effet placebo peut-être. Effet néanmoins garanti. Il y a un risque d’accoutumance, mais il est sans danger.

Matthieu Dufour