Chronique – The Innocence Mission – Hello I Feel The Same (by Greg Bod)


En ces temps brouillés où l’humanité n’en finit pas de nous désespérer, entre drapeaux dépravés et fous de Dieu, entre mauvaise conscience vite lavée et relents mal digérés. Plus que jamais, il nous faut ces instants du détail, ces particules de douceur au milieu des ruines fumantes.

Car certes, on ne croit plus en grand chose, on ne croit plus depuis bien longtemps en l’humanité. Pourtant, on ne veut pas se laisser aller à un désespoir trop facile, trop ancré dans une adolescence lointaine. On lui préfère une résignation plus spacieuse qui offre d’autres possibles.

On trouve parfois de la lumière sans vraiment la chercher, sans y croire.

Alors que l’on se vautre dans la non-envie, pendant ce temps-là, la vie continue du côté de Lancaster, Pennsylvanie. Les nuits y sont douces et bruissantes. Nos chambres sont parmi les arbres, le printemps écrit au fronton de nos portes.

Et il y a la voix de Karen Peris qui , à elle seule, vous donne envie de croître en les autres plus qu’en vous même.

Chez The Innocence Mission, rien ne change, tout est à l’identique, immuable, familier et accueillant. Quiet, tendre et apaisé comme toujours.

Tout est identique mais jamais redondant, jamais répété. La faute à la fraîcheur, à la lumière du chant de Karen Peris.

La musique de The Innocence Mission, c’est comme l’équilibre fragile de quelques éléments qui installent d’infimes molécules de bienveillance. 

Musique spirituelle et sincère, vibrante.

Chez The Innocence Mission, on vient y chercher ce que l’on sait qu’on y trouvera, une part de soi.

Karen Peris évoque ses proches, du Beautiful Francis dans l’irradiant Washington Field Trip ou encore Fred Rogers. Etrangement, paradoxalement, ces messages personnels, cette incarnation de l’intime ne fait que plus s’imprimer dans notre histoire. 

La place est suffisamment grande pour laisser s’exprimer en nous une reconnaissance immédiate.

Comment expliquer alors la méconnaissance de ce groupe à la carrière qui tutoie souvent le sublime ? Comment expliquer le peu d’intérêt porté à ces chansons dans lesquelles on rentre comme dans un lit ami ?

Hello I Feel The Same est un album urbain qui se balade à la lumière des belvédères des boulevards mais qui sait aussi se perdre parfois dans le vert des paysages autrefois habités.

Chez Karen et Don Peris, il y a cette lumière, cette chaleur, cette envie d’être en et avec nous, de nous imprégner. Cette chaleur commune à Kurt Wagner (Lambchop), à Ron Sexsmith, à Mark Eitzel.

Chez Karen et Don Peris, il y a cette aspiration à l’enfance, cette mélancolie soyeuse. On y trouve Carol King, Dusty, Jonni..

On y trouve la féminité virginale, la mater sans douleur,la béquille des jours tristes, le refuge des jours sombres.

En quelques mesures, en quelques mélodies, les murs se font oreilles, le lierre se fait veines tranquilles, le ciel se fait champs de lavandes et nous, vous, moi, toi sommes  heureux … pour quelques mesures.

« The color green was sent to me in four beat measures 

of fields and their walkers in cardigan sweaters, 

with the lavender sky that was just beginning to 

rain down into the music. 

This is how it was sent, in and out of weather. »


Greg Bod