Live Report – Baden Baden – La Cigale (2 décembre 2015).

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A une époque où tout est fracas, provocation, surenchère, abus de langage et excès de styles, pas simple de se faire entendre quand on pratique l’art de la nuance et de l’équilibre. Avec Mille Eclairs, les parisiens de Baden Baden avaient brillamment confirmé les espoirs placés en eux sur ce disque d’une élégance folle. Arrivant au terme d’une tournée marathon, ils étaient de passage à La Cigale hier soir pour un live assez remarquable. Sur scène, le groupe affiche un plaisir et une complicité de chaque instant, les guitares dialoguent, la basse et la batterie s’en mêlent, les claviers arrosent le tout avant que la trompette ne vienne mettre tout le monde d’accord. L’ensemble est porté par le charisme doux mais habité d’Eric Javelle. Et sa voix, fragile, comme un peu voilée, comme parfois au bord de la rupture, de l’essoufflement, lancée dans une course folle comme si les mots avaient pris le contrôle, cette voix tendre et si expressive. Les titres du dernier album s’enchainent, quelques tubes plus anciens viennent se glisser (le sublime Évidemment, limpide et euphorisant) et sur la fin, l’anglais présent sur les disques précédents fait un retour remarqué comme pour mieux souligner que leur langue maternelle leur va si bien. Le set est brillant car cohérent, entier, dense mais fluide, humble mais puissant, les mélodies en clair obscur sont traversées de mille éclairs électriques ou électro. Une forme de sobriété luxuriante. Un concentré de beauté discrète et naturelle. Subtil exercice d’équilibristes pop qui séduit la salle et fait monter peu à peu une émotion intense et palpable. Un live à l’image d’un groupe peu bavard mais authentique et simple. Qui se concentre sur l’essentiel. Tout est à sa place, pas de fioritures inutiles ou d’enluminures superflues, mais ce n’est pas dépouillé pour autant : chaque morceau est riche de détails, d’arrangements, de subtilités. Le groupe fait régner une tension mélancolique permanente qui maintient le public en haleine. On retrouve ce qui fait la substance du groupe : des guitares claires, une rythmique discrète mais essentielle, la beauté naturelle des compositions empreintes d’un romantisme éthéré, cette impression d’un vol planant, comme dans un cocon balayé par les embruns. Mais ces mini odyssées, ces hymnes à l’émoi, ces rayons lumineux qui dessinent des précipices sentimentaux, s’incarnent avec une force tout en retenue qui saisit la chair et remue l’âme. Retour au premier EP et c’est déjà presque terminé. Rappel chaleureux, émotion évidente, communion. Éloge de l’émotion comme preuve de vie, mieux vaut souffrir que de ne rien ressentir. Mélancolie du balancier. Chaleur de la vérité nue. Les regards croisés à la sortie en disent long. Très belle soirée. 


Matthieu Dufour