Rémi Parson – Nouvel album – Journal de bord – 1 – Novembre 2016.

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Rémi Parson At Work (feat. Yamaha PSS-390)


7.11.16

La dernière fois que j’ai fait une chose pareille, on s’est moqué de moi. Du coup je remets le couvert, c’est trop tentant.

Il y a presque quinze ans, j’ai travaillé au musée Ingres de Montauban. Ce dernier prend place dans l’ancien palais épiscopal de la ville, lui-même bâti sur les fondations d’une ancienne place forte du Prince noir – comme un vieux fond d’Angleterre, déjà.

Pointaient tout juste à l’époque les prémices de la fin des amitiés d’enfance et l’aube imminente du choix des trajectoires nouvelles.

Un mardi peut-être, deux individus de ma connaissance franchissent le perron de la grande salle qu’il m’incombe de surveiller, tendue de tapisseries fanées, de bustes à frisettes, de bouquets obèses, me tirant brusquement de la lecture d’un vieil Inrockuptibles dédié au Velvet Underground, sans doute emprunté à la bibliothèque où travaille mon frère Laurent.

S’y trouve un article relatant la fin du groupe, acrimonieuse en diable.

Les deux individus hochent la tête. Et moi d’aller à leur rencontre, mon magazine encore ouvert sur ledit article.

Nous bavardons de tout et de rien, sauf du temps – puisqu’à Montauban, le soleil brille sans interruption – et puis, près du terme de ce médiocre conciliabule, l’envie me prend d’évoquer ma fâcherie récente avec un de mes amis les plus anciens, avec qui nous avions parcouru les scènes de musique amplifiée les plus affriolantes du Tarn-et-Garonne et de Navarre ; au château de Bioule, à Sainte-Croix Volvestre, à Lafrançaise, et partagé des saladiers débordants de raviolis, des poulets basquaises comme s’il en pleuvait, des macédoines à la mayonnaise. Une relation qui courait depuis la sixième, rendez-vous compte, du temps des mini-quiches et des danses de l’été froisseuses de rotules.

Je lance alors, du haut de mes vingt ans, « et bien, je me sens un peu comme Lou Reed en ce moment », ou un truc dans ce goût-là, en pointant la revue. À vingt ans, on est…

Je ne relève pas sur le moment, les yeux qui roulent ni la langue dédaigneuse qui pousse derrière la rangée d’incisives. Mais plus tard, un ami commun, au vieux copain, à moi et aux deux individus aussi – Montauban, la tentaculaire – me dit que tout le monde s’est bien payé ma tête autour d’un bon apéritif dinatoire, saucisse de Lacaune, chips moutarde, etc., et que ça a confirmé s’il le fallait encore, ma réputation de sale trouduc’ prétentieux.

Leonard Cohen est mort ce jour. Je tombe sur cette phrase dans The New Yorker (je n’arrange pas mon cas) :

Cohen was growing weary of London’s rising damp and its gray skies.

Voilà où je voulais en venir. Crier au Lou ne m’a pas suffi. Je dois dire que je me sens exactement comme Leonard.

Cette lassitude sera d’ailleurs le thème de mon prochain album sur lequel je travaille de toutes mes forces. Je vous en dirai plus.


Rémi Parson – Londres – Novembre 2016