Rémi Parson – Nouvel album – Journal de bord – 3 – Janvier 2017.


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1.1.17

Quatre clés sont nécessaires pour pénétrer chez moi. Dans mon logement « réel », pas mon for intérieur ou ce genre de choses. Les deux clés qui déverrouillent la porte de dehors sont argentées et parfaitement identiques si ce n’est une minuscule fente sur l’une d’entre elles. Les deux sésames qui ouvrent la porte de l’appartement sont dorés. Mais en ce qui les concerne, aucun risque de les confondre ; un est petit et plat, l’autre plus massif, trapu presque.

Depuis des années, les deux clés argentées, que j’ai coutume d’appeler les « clés du bas », se trouvent séparées par les porte-clefs successifs – à travers les âges : Los Angeles, petit âne mexicain, et bien d’autres – et les cartes de fidélité de divers supermarchés ou enseignes pas folichonnes ; Morrison’s, pour la fin du mois ou les quelques jours de bonnes résolutions durant lesquels on se promet que…, les biscuits secs de chez secs, les pains au fromage mollasses dits tiger bread, les thons à l’huile en lot de trois ou quatre, la vodka Medyocrovski ; Waitrose, idoine pour les craquages d’expat’ bobo des jours de paye et de la moitié de semaine qui suit, jamón ibérico, fleurs de courgette, olives bio, comté vieux, crèmes brûlées Bonne Maman, paella surgelée, maniques en silicone, patates mutantes spécial cuisson au four ; mais aussi Cex, pour Computer Exchange, cousin geek du Troc de l’Île : Kill Bill, Rasta Rocket, Evil Dead, Playstation 2, Athens Olympics Games 2004, Samsung Galaxy débloqué. D’où vient que le soir, il n’est pas rare que je passe deux minutes entières à déterminer laquelle des deux éloignées ouvre le verrou ou bien le loquet. L’instinct ou la chance n’aidant jamais en rien. Et bien voilà qu’aujourd’hui, je les ai mises côte à côte sur l’anneau, optimisant irrémédiablement mon quotidien. Et cette ergonomie nouvelle, quelle joie.

Parvenant toutefois à m’arracher à cette existence palpitante, l’album avance. Je puis affirmer qu’il sera celui, fameux, de la maturité. Il prend forme, vous savez, mentalement. Tout peut aller très vite une fois que c’est là.

Pour l’heure assez touching pop, bardé de guitares faméliques et de nappes sourdes. J’ai même ressorti la vraie basse, électrique, qui frise de partout, de sous le canapé. L’envie et l’humeur sont de faire quelque chose de très triste et de beaucoup plus minimal qu’à l’accoutumée, de plus salopé aussi. Même si je ne m’interdis aucune greffe contre-nature pour la suite. Ni aucune date butoir, finalement… Je voudrais retrouver la liberté de me dire, ça viendra quand ça viendra, et si traînant de trop, il faut tout recommencer de ce que je prends bêtement comme acquis, et refaire toutes les grimaces, s’adonner à tous les quémandages et bien, amen. Ô Vigueur de janvier !


Rémi Parson –  Londres – Janvier 2017