Festival Walden – Interview MY Concubine.


Bonjour Éric, pourrais-tu présenter MY Concubine en quelques mots ? Qui fait quoi ?

MY Concubine est un duo, je dirai un duel, que j’ai commencé au départ avec Pascale Kendall et qui se poursuit aujourd’hui avec Lizzy Ling. J’écris et compose les titres. Je les présente à Lizzy qui ajoute sa touche personnelle. Si on s’écarte de la ligne que je me suis fixée elle est  là pour me le rappeler… Un coté féminin dans le groupe permet d’approcher les thématiques d’une manière beaucoup plus large…

C’est quoi la « variété misanthrope » ?

J’ai qualifié le style de MY Concubine de « variété misanthrope » : essayer de toucher le plus grand nombre de personnes en ne s’intéressant qu’à soi. Je dis toujours que j’écris des chansons sur moi car je prends mon cas pour une généralité.

Quel est ton parcours musical ? Tu as commencé à composer tôt ? Tu as été dans d’autres projets ?

J’ai toujours essayé d’écrire des chansons. Adolescent, mes amis s’efforçaient de faire des reprises de standards, mais cela ne m’intéressait pas. Je préférais bricoler moi même des espaces sonores… J’ai joué dans un groupe qui s’appelait Tango Luger dans les années 77/79 (il existe aujourd’hui un groupe espagnol du même nom qui n’a rien à voir…). Tango Luger a splitté après avoir joué aux  secondes Transmusicales de Rennes avec le saxophoniste des Damned Lol Coxhill dans un set mémorable où personne ne tenait debout… Ni les titres d’ailleurs. Nous nous sommes séparés alors que nous devions signer chez RCA… Et puis j’ai exercé plusieurs métiers  et suis revenu à la musique .

La présence de MY Concubine dans le monde « Walden » n’est pas une première, vous vous retrouvez dans cet esprit de liberté, d’indépendance, de « fais-le toi-même » ?

Mais ne dit-on pas qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi même ? Je suis un autodidacte. Quand ça ne sent pas bon quelque part je m’éclipse. Le milieu musical actuel sent le rance et Walden nous offre un grand bol d’air. C’est très bon pour mes petits poumons…

Vous allez partager la scène avec des artistes aux univers parfois éloignés, cette mixité, cette multi-culturalité vous plait ? J’imagine qu’il est toujours intéressant de se confronter à d’autres artistes aux projets différents ? Même quand on pratique un art « misanthrope » ?

En général les autres « artistes » m’agacent. Quand je les croise je me vois moi avec les mêmes prétentions… C’est une confrontation quoi qu’on en dise… Il faut dessouder, abattre, être au dessus… Mais comme tu le dis c’est intéressant de se confronter, c’est une dynamique positive au service de la « chanson », c’est dynamisant. Avec Walden la sélection est pointue,  chacun tente d’apprivoiser la langue française en la faisant danser sur des sonorités autres que de la pop mièvre et sirupeuse ou des accords de guitare festifs… Il y a ici une exigence qui me plaît, un retour à la forêt pour redécouvrir ce qui est essentiel, essentiel dans une chanson pour ce qui nous concerne : un fin dosage entre les tripes et la tête afin de toucher le cœur. Enfin je ne sais pas si je pratique un « art misanthrope » j’écris des chansons pour moi avant tout. C’est un petit plaisir égoïste… Si elles me plaisent, elles peuvent plaire à d’autres et c’est tant mieux.

Pour la plupart d’entre vous la pratique de la scène est épisodique, faute de dates : vous arrivez à jouer régulièrement quand même ? Comment préparer un set dans ces conditions : vous avez tendance à vouloir répéter une set list ou au contraire changer, tester, essayer des choses ? Par exemple avez-vous déjà une idée précise de ce que vous voudriez pour ce concert ? Vous avez des nouveaux titres à jouer ? Des envies ?

Nous jouons peu mais  nous essayons de jouer dans de bonnes conditions. Nous avons testé plusieurs formules, en duo évidemment mais aussi en trio quand nous ne pouvons pas nous produire au complet c’est à dire à 5. Le Festival Walden nous a proposé de jouer avec la formation complète ce qui ne nous est pas arrivé depuis longtemps. Nous jouerons les titres du nouvel album et ce sera une première.

Le Festival rassemble des artistes qui chantent en français, quel est ton rapport à ta langue maternelle ? Tu as déjà chanté en anglais ou en flamand par exemple ?

Le français n’est pas ma langue maternelle. Mes parents sont italiens. J’ai chanté dans la langue de Dante ! Dans les mariages en Calabre… 🙂 L’italien est magnifique mais je suis français et j’adore me battre avec la langue qui est la mienne, lui tordre le cou jusqu’à ce qu’elle sonne en renvoyant au sens exact et aux images que j’ai en tête. Jouer avec les sons, la polysémie… Et puis dans cette mondialisation qui tend à l’uniformisation et que dénonçait à juste titre déjà en 2004 Jonathan Nossiter dans son film Mondovino, chanter en français devient un acte de résistance face une langue anglaise qui tend à faire de la notre un simple régionalisme. La résistance et la forêt ça va bien ensemble…

Tu veux nous parler de votre prochain album ? Pourquoi passer par Microcultures ?

J’en dirai peu sur le nouvel album car j’aime les surprises. En deux mots nous l’adorons et chacun y a mis le meilleur. 11 titres dont une reprise maison d’une chanson de Brigitte Fontaine  qui a eu la gentillesse de l’écouter et qui nous a donné sa bénédiction…

Quant à Microcultures nous avons trouvé avec eux un véritable partenaire à la ligne éditoriale cohérente, exigeante et qui nous accompagne dans la réalisation de ce projet bien au-delà du simple financement. Un système vertueux qui profite autant aux musiciens qu’à leur public. Nous avons parallèlement à Microcultures notre Label qui bénéficie de subventions. Nous tentons de rester le plus indépendant possible de manière à avoir un contrôle sur tout, de la pochette au mastering. L’indépendance on y vient au départ par nécessité car personne ne veut vous signer, ensuite on s’y habitue et on ne peut plus s’en passer.

D’autres projets à venir ?

Nous préparons les clips du prochain album.

Quel titre as-tu sélectionné pour la compilation du festival ? Pourquoi ?

La nébuleuse de Johnny Walker qui figure sur notre dernier album. Parce que c’est le morceau le plus long que j’ai écrit et que pendant 5 minutes les gens penseront à moi…

Des récentes découvertes, des coups de cœur du moment ? Musique, poésie, cinéma, …

Une superbe revue musicale, DELTA T qui paraît tous les quatre mois et offre une tribune à des musiciens ou personnes du milieu de la musique. J’ai été convié à écrire une chronique dans le numéro 4 où j’ai pu confesser mon arrogance… C’est une très belle revue.

Merci Éric !


© Matthieu Dufour