La Rive – Sur l’Autre Rive.

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© Louis Teyssedou


L’histoire de La Rive peut sembler banale. Ordinaire. Elle ressemble à tant d’autres. C’est peut-être la votre, celle de votre discret voisin. La Rive, c’est l’histoire d’une amitié de bientôt trente ans. Deux copains de lycée, deux ados qui se mettent à la musique en fac pour passer le temps et faire comme leurs héros pop. Le groupe Christine voit alors le jour sous influence anglo-saxonne (Boo Radleys, House of love, Pixies, …). Nourrie du vide abyssal de l’adolescence, des premiers émois impitoyables et de l’espoir feutré d’autres horizons, leur musique possède déjà l’élégance de l’humilité et la beauté de l’évidence. Mais le temps file. Vite malgré les heures passées à ne rien faire. De cette époque ne restent qu’un CD promo et les souvenirs de quelques glorieux concerts (dont une première partie de Noir Désir).

La Rive c’est vous, c’est moi, c’est nous. La Rive, Mikael et Didier. Deux types faillibles, qui avancent dans la vie comme ils peuvent, faisant face aux aléas et autres coups du sort avec le fatalisme des candides et le courage des oiseaux. Comme vous, comme moi, ils finissent par s’installer, tentent de bâtir leur vie, en équilibre permanent sur un fil tendu. La flamme faiblit, des enfants naissent, les amis se voient moins souvent, les chansons de Christine végètent dans un carton. Mais la musique est là, tapie dans l’ombre, une faible flamme, vacillante mais fière. Une belle flamme. Un jour comme un autre Mikaël se jette à l’eau et demande à Didier d’arranger quelques nouvelles mélodies qu’il vient de composer. La magie opère encore. De ce qui devait n’être qu’un coup de main entre vieux potes, nait Sur L’Autre Rive. Un album. Enfin pas tout de suite. Les deux compères retrouvés le font à leur rythme, assumant une lenteur désuète, rare et précieuse à l’heure où tout va trop vite. Ils ne savent pas s’il y en aura un autre, alors ils le peaufinent, ils soignent les détails avec la patience d’artisans concentrés sur leur ouvrage, une pièce unique. Prendre son temps savoir s’arrêter, hésiter, accepter de douter, reprendre la route quand on le sent. Se décider enfin, encouragés par quelques fans sous le charme.

Le résultat est à la hauteur de ce minutieux travail. Une merveille intemporelle de lyrisme sous-cutané, d’émotion somatisée. Du cousu main sur des mots qui redonnent au français son lustre classique. Les morceaux de La Rive possèdent la grandeur discrète de l’humilité, la puissance de l’évidence, la familiarité des classiques. Sur L’Autre Rive c’est la beauté à portée de main, sans fard, loin de toute posture, de toute prétention. Simple et classe. Alors si vous n’êtes pas ému à l’écoute de ces chansons à la grâce rentrée, si vous ne frissonnez pas à l’écoute d’Adela je peux plus rien pour vos coeurs de pierre et vos cuirs tannés.

Bien sûr il me faudra encore les convaincre d’accepter ces mots pour en faire leur « Dossier de presse », ils auront l’impression que je parle de quelqu’un d’autre. Et pourtant… À une époque où tout semble se lézarder, foutre le camp, s’enlaidir, s’endurcir, la musique de La Rive est comme une pierre philosophale qui transformera le plomb de votre quotidien, non pas en or, mais en quelque chose de bien plus précieux : un remède à la vacuité qui vous entoure. Mais finalement c’est Mikael qui résume le mieux tout cela : « Faire de la musique, écrire des chansons, exprimer ses émotions est une chose naturelle. Tout le reste, aller vers les gens, réclamer de l’attention, une écoute, chercher une audience, ne l’est pas. »Tout est dit. Il ne vous reste plus qu’à écouter.


© Matthieu Dufour


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Photo © Sophie Pelletier Artwork © Pascal Blua