Histoire dessinée de la Guerre d’Algérie – Stora & Vassant.

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Le mutisme de mon père sur ces longs mois passés là-bas n’a probablement fait que renforcer ma fascination pour cette période trouble et pas si ancienne de notre histoire. Avec l’Indochine, les Cathares, la Révolution, la Résistance et la Collaboration, la Guerre d’Algérie fait partie de mes obsessions historiques : des périodes grises remplies de zones d’ombres, d’actes de bravoure et de lâcheté, de grandes et de petites trahisons, de cas de conscience, de héros ordinaires, d’ennemis persuadés de se battre au nom d’un dieu, du bien ou de l’intérêt supérieur du peuple. Fascinant et complexe. Probablement trop pour une époque qui a éradiqué la nuance, une époque où l’invective a pris la place du débat, où le clash, les certitudes péremptoires et la haine de l’autre ont pris le dessus. Tant pis pour eux, personnellement je continuerai à douter, à privilégier l’intelligence et la connaissance. Même si c’est démodé.

Bel exemple de nuance et de finesse, le livre de l’historien Benjamin Stora et du dessinateur Sébastien Vassant passe en revue les événements majeurs, les moments clés de cette guerre. Convoquant à la barre petits et grands acteurs, algériens et français, ouvrant les archives, relisant des lettres, des articles, interviewant des harkis et des appelés, les deux auteurs retracent avec précision le déroulement de ce que la France a pendant trop longtemps appelés des « événements ».

N’occultant ni la question de la torture, ni le sort réservé aux harkis, n’éludant ni les guerres intestines qui ont secoué les différents mouvements de libération algériens, ni les dérives de l’OAS, donnant la parole aux petits colons comme aux simples appelés, Stora et Vassant multiplient les angles de vue pour mieux restituer la complexité de cette période. Le ton est juste, les dessins sont forts. C’est une vraie réussite. Et une excellente façon de (re)découvrir cette période.

Plaie encore ouverte pour de nombreuses famille, ces événements qui n’ont assumé leur nom de guerre que beaucoup plus tard sont toujours source d’incompréhensions et de polémiques. S’il est difficile de s’attaquer à cette matière hautement inflammable, les deux auteurs le font avec humilité, pédagogie et une grande intelligence. Merci à eux.


© Matthieu Dufour


En complément, chronique audio écrite et dite pour Le Cabinet des curiosités à écouter ici : Quelle histoire – Cent lettres d’Oran.


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