Dominique Ané – Fleurs plantées par Philippe.


A ma droite Dominique A, pilier d’une certaine façon de faire de la musique en France (exigeante ET accessible, intelligente ET sensible). A l’instar d’autres totems (Daho, Murat, Miossec, …), un de ces artistes majeurs qui pourraient se vanter d’avoir sorti un jour un disque essentiel, de ceux qui inspirent et libèrent la relève.

A ma gauche Dominique Ané, écrivain sensible et délicat, qui remonte régulièrement le long de l’autoroute de sa vie pour y puiser matière à des récits qui touchent à chaque page, des textes à l’écriture précise et vive qui font remonter chez chacun d’entre nous souvenirs et émotions enfouis.

Au milieu, un auteur tout simplement, qui revient avec ce beau livre court et intense, Fleurs plantées par Philippe, un hommage à Philippe Pascal décédé il y a un an alors que le mythique groupe Marquis de Sade s’était reformé et, dans la foulée de concerts enthousiasmants, travaillait à ce qui semblait à jamais une chimère, un troisième album.

L’auteur revient avec une franchise désarmante sur sa relation au chanteur rennais, l’occasion pour lui d’esquisser les contours d’une partie de son initiation artistique. Un chassé-croisé entre Rennes et Nantes, entre admiration adolescente et rejet d’un romantisme et d’un lyrisme soudain jugés excessifs. Il est question de rendez-vous manqués, de la difficulté d’être, d’une voix singulière et de grandes chansons. Un beau portrait en creux d’un artiste aussi charismatique et flamboyant en concert, que fragile et tourmenté backstage. Un bel hommage qui aborde sans fard une fin de parcours tragique.

Une fois encore, l’écriture de Dominique Ané impressionne par cette faculté à émouvoir tout en épurant, à aller droit au but tout en suggérant, et par un sens du rythme qui happe le lecteur tout au long de ce récit « né d’une sidération ».


© Matthieu Dufour