PR2B – Rayons gamma.


Le premier mot qui me vient à l’esprit à propos du premier album de Pauline Rambeau de Baralon aka PR2B c’est ´intensité’. Si elle est absolue, radicale, sans concession, cette intensité est tout autant sincère, généreuse, flamboyante et inspirante. Intensité d’un nom ramassé à ses initiales énigmatiques. Intensité du regard sur la pochette. Intensité des émotions contrastées qui s’y révèlent, intensité des émotions générées en miroir. Intensité d’un propos qui ne mâche pas ses mots. Intensité d’une artiste qui s’engage cœur, corps et âme dans son œuvre. Qui n’a finalement d’autre choix que de raconter des histoires pour tenir debout, pour avancer, pour aimer, pour continuer à vivre malgré les échos d’un monde qui collapse, malgré les coups du sort, malgré les peines de cœur, malgré les deuils, malgré les trahisons, malgré les succès.

Alors PR2B nous raconte des histoires, ses histoires, des tristes, des joyeuses, de celles qui n’ont pas de fin ou de celles qui en ont plusieurs, des histoires d’amour, des histoires de guerres intestines, des histoires de famille (peu importe qu’elle soit de cœur ou de sang), des histoires d’amitié de cour de récré à la vie à la mort, des histoires de luttes et d’espoirs. PR2B nous raconte des histoires qu’on l’imagine imaginer depuis longtemps déjà. Des histoires qu’elle nourrit de son rapport au monde, de son altérité, de sa chair et de son sang à la façon d’une Camille Claudel ou d’un Jerzy Skolimowski faisant corps avec leur matière première, d’un Truffaut convoquant les photos jaunies de l’enfance ou d’un Ushio Amagatsu persuadé que la danse précède la vie. Pour paraphraser Bonnefoy, comme la poésie, la chanson chez PR2B « est mémoire, mémoire de l’intensité perdue ».

Intense, on savait que PR2B l’était depuis ses premiers pas publics chez les défricheurs de La Souterraine, mais c’est une chose d’impressionner sur un titre ou un EP, c’est une autre paire de manche de tenir douze morceaux sur tout un album sans faiblir. Le cimetière des feux follets de la nouvelle nouvelle scène française est plein de promesses non tenues et d’usurpateurs démasqués. Aucun risque avec PR2B qui a pris son temps pour sculpter un album qui, s’il nous laisse du répit à travers des balades à la beauté fatale et tout simplement bouleversante (Ma meilleure vie, Lettre à P., Mon frère, …), est parcouru d’hymnes survitaminés et de fulgurances foudroyantes (l’hallucinant Plus rien de bien). De la première seconde à la dernière note, Rayons gamma brûle de vie et de rage, d’amour et de larmes, d’une passion incandescente pour l’art comme langage. Comme si la fiction était plus proche de la vérité que n’importe quel aveu, comme si un film et une chanson étaient la meilleure façon de raconter l’intime et le monde, de crier sur les toits ces vérités universelles qui nous traversent tous et nous rassemblent au sein de la grande communauté des mélancoliques anonymes.

Choisissant de ne pas choisir, alternant chant, spoken word et rap, maltraitant les formats classiques, PR2B greffe avec grâce des bourgeons de rap gorgés de sève enragée, des vieux synthés et des beats électro dansants (La piscine) sur des chansons organiques, mélancoliques et fièrement lyriques. Assumant ses influences éclectiques, refusant de se couler dans un moule trop étroit pour ses envies, PR2B propose avec Rayons gamma un album totalement libre et un peu fou. De cette folie contagieuse qui saisit autant qu’elle rassure, de cette folie qui habite une écriture à la maturité impressionnante et à la puissance d’évocation toute cinématographique (La chanson du bal, Mais qui sont les coupables, …). Un album de combat qui se termine sur un cri du cœur (Chienne de vie), mais ne cesse jamais vraiment de nous hanter tant il semble déjà essentiel et au-dessus de la mêlée.

Si elle est temporellement associée à l’émergence d’une génération spontanée de chanteuses françaises à succès, le talent de PR2B qui éclabousse ce disque inclassable d’une classe singulière, la range plutôt déjà aux côtés de figures tutélaires (Ringer, Fontaine, etc.) ; il ne fait en effet aucun doute que Pauline n’a pas fini de nous en faire voir.

Et de nous laisser espérer que du chaos et du combat contre la laideur et la routine, émergeront un jour ou l’autre des roses multicolores, des jours meilleurs et l’insouciance retrouvée de l’enfant rebelle que l’on n’aurait jamais dû oublier.


© Matthieu Dufour