Deon Meyer – Cupidité (Série Noire, Gallimard).


Depuis des années, Deon Meyer passe au scanner les turpitudes d’une Afrique du Sud post-apartheid. Sans complaisance, avec une lucidité sans failles et une sourde colère, il nous emmène dans les recoins les plus sombres d’une nation hantée par ses démons. Racisme, discrimination, corruption, violence, guerre des gangs, … : à travers les yeux désenchantés de ses deux (anti)héros Benny Griessel et Vaughn Cupido, Meyer ne nous épargne rien.

Ses intrigues maitrisées à la perfection, ses enquêteurs vedettes qui s’épaississent de livre en livre, le soin porté à tous les nombreux personnages secondaires, tout est prétexte à nous mettre face à la réalité d’un pays encore secoué par de nombreux séismes intestins, comme ici la corruption de l’ère Zuma.

Dans cette nouvelle aventure, les deux héros des Hawks (Forces Spéciales de la Police sud-africaine), ont été rétrogradés et mutés pour avoir enfreint les ordres de leur hiérarchie. A Stellenbosch, réputée pour son université et ses vignobles, ils enquêtent sur la disparition mystérieuse d’un étudiant, crack en informatique. En parallèle, une agente immobilière endettée doit juguler les assauts d’un homme d’affaire douteux, doublé d’un prédateur sexuel. Les deux intrigues se croiseront évidemment d’une façon assez inattendue…

Sur ces bases qui ancrent « Cupidité » dans une temporalité contemporaine, Deon Meyer livre un roman noir addictif à couper le souffle tant sa maitrise des deux trajectoires est millimétrée. On passe de l’une à l’autre sur un rythme totalement dingue, sans prendre le temps de respirer jusqu’à la conclusion. À l’instar de Connelly et son Los Angeles crépusculaire, Deon Meyer semble évoluer dans une autre dimension tant il arrive encore à nous épater.


© Matthieu Dufour