Marie Pierre – Beyond The Apex.


Naguère, Eskimo faisait craqueler la banquise à l’aube. Elle déchirait le ciel des landes au crépuscule à coups d’accords et de riffs tranchants comme autant d’éclairs et de cris dans l’obscurité de nos âmes égarées. Ses mélopées hantées résonnaient sous la glace de nos peaux et dans les grottes de nos cœur comme les dernières braises encore en vie d’une humanité bientôt effacée de la surface de la terre. Mais si le réchauffement climatique et les confinements successifs ont eu raison de cette guerrière pacifique, elle renait tel un Sphynx sous le nom de Marie Pierre. Une réincarnation aux allures d’épiphanie ambient, un voyage musical de plus pour cette âme probablement millénaire, une renaissance qui sent la nature et se pare des atours de l’apaisement.

Une évidence tant l’artiste ne joue pas de la musique : elle EST la musique. Alors peu importe l’enveloppe qui accueille ses envies, ses mots, ses cris. Peu importe les noms et les étiquettes, Marie Pierre n’est pas dans le marketing ou la hype. La musique n’est pas un hobby ou une pose, mais une façon d’habiter la vie, la terre et peut-être bien le cosmos. Ses goûts musicaux éclectiques l’ont depuis longtemps portée vers des contrées que peu de musiciens actuels explorent. N’hésitant pas par le passé à s’exprimer en Japonais ou en Coréen, à faire passer ses émotions par des cordes ou des vents exotiques, à expérimenter, à fouler des contrées lointaines pour mieux nous bousculer, Marie Pierre laisse parler ici son tropisme écologique en invitant la nature, ses murmures, ses chants, ses complaintes dans ses sept morceaux au calme apparent. Sept pistes, sept gemmes, sept étoiles dans le ciel traçant une voix lactée vers cet apex qui semble nous aspirer.

Parce qu’elle a bien conscience de faire partie d’un tout bien plus grand que nos minuscules egos, parce qu’elle sait que nous ne sommes que de passage, elle convie les éléments à cette méditation musicale addictive, telle une chamane éclairée. Réussissant l’improbable greffe d’une ambient lumineuse sur un field recording inspiré, laissant un harmonium indien, un peu d’électro éthérée et des choeurs élégiaques s’enlacer chastement, Marie Pierre resserre peu à peu son emprise sans jamais nous forcer, sans aucune surenchère, laissant nos oreilles et nos âmes succomber sans vraiment combattre, avant de nous rendre et de définitivement déposer les armes devant cette musique bien plus intense que ses apparences.

Sous la glace sacrée, le feu mystique couve encore, comme une envie déviée mais encore en vie.

Marie Pierre, flamme fatale.


© Matthieu Dufour