Eskimo au Walrus.

© Matthieu Dufour

La première fois que j’ai vu Eskimo sur scène, elle interprétait Rêve de verre aux côtés de La Féline. C’était il y a un siècle, Agnès Gayraud nous invitait à quitter l’enfance. J’avais été frappé par l’intensité de Marie, cette présence lumineuse au milieu des ténèbres, cette poésie singulière, cette évidence. Marie ne joue pas de la musique comme on s’amuserait. Elle ne fait pas de la musique comme fabriquerait je ne sais quel objet. Marie ne vit pas la musique comme on passerait un bon moment. Marie EST la musique. Totalement, corps et âme, coeur et larmes. Qu’elle joue devant une salle sombre et pleine à craquer ou dans une galerie d’art, qu’elle chante en français ou en japonais, en coréen ou en anglais, qu’elle soit seule avec sa guitare, accompagnée par le saxophoniste japonais Satoru comme vendredi soir au Walrus ou par groupe au grand complet, Marie fait don de la musique et de son talent au public. J’imagine que ce ne sera jamais assez bien pour elle, qu’elle trouvera toujours quelque chose à redire sur l’éclairage, le son ou son interprétation. Mais pour nous dans la salle c’est un moment toujours unique, extrême, habité, hors du temps. D’une beauté qui réconforte malgré les plaies, les blessures, malgré ceux qui tombent au combat, malgré la bêtise et la malveillance, malgré le cynisme. Marie est une amazone en lutte contre tout cela. Elle fait avec ses armes : une guitare tranchante, une voix envoûtante, un sens de la mélodie inné, un éclectisme salutaire, et ce supplément d’âme à contre-courant d’une époque finalement assez médiocre. Alors à chaque concert, elle rallume quelques lumières dans nos coeurs et ravive la flamme. Ça n’a pas de prix.


© Matthieu Dufour


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