Chronique – EAST – Violence In The Flowers (EP).

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De loin, de très loin remontent par vagues violentes et submergeantes des souvenirs froids et bouillants à la fois, des clubs étranges baignés d’une lumière glacée qui tremble sous les assauts de ces corps qui s’abandonnent au plaisir de la danse, des ombres qui passent dans la nuit brumeuse des villes fantômes, des docks martyrisés par des BPM venus du fond d’un fleuve large et profond, des quais balayés de signaux stroboscopiques, des ponts hantés d’où sautent parfois des esprits rebelles, en toile de fond deux collines mythiques, jamais vraiment apaisées ni endormies, des escapades en dehors de la cité pour fuir la routine, des bois narcotiques enchantés, des clairières qui vibrent au rythme des corps bondissants qui les martèlent, des catacombes ressuscitées, des grottes enflammées par des hymnes puissants repris en choeur par des disciples fidèles et déchainés, ces années pas si éloignées marquées du sceau de l’excès, des envies qui débordent, des émotions contradictoires et passionnées, des passions assumées, de l’épiphanie des paradoxes enfin acceptés. La musique quand elle est ainsi pratiquée est formidable.

Il est toujours question de ce rapport intime à la musique, à la mémoire, au temps qui passe mais ne meurt jamais, aux lieux et aux paysages traversés, de la force des émotions enfouies qui ressurgissent comme par magie à l’écoute d’une ligne de basse profonde et hypnotique, de l’écho d’une voix qui malgré sa froideur parfois caverneuse évoque plutôt chez la chaleur des corps qui s’enlacent sur des mélodies à l’équilibre improbable de fragilité et de puissance. De la violence dans les fleurs : c’est exactement ça, bienvenue chez les champions de l’oxymore, capables de vous faire lever de votre chaise, tendre les mains vers le ciel pour célébrer la tristesse ou la colère. Tout est pourtant si savamment dosé : électro et électrique, énervement et mélodie, joie et douleur, chaud et froid, empathie et introspection. On se damne sans hésiter pour ces fleurs du mal, ce dahlia ou ces hellébores noires au charme diabolique et envoutant.

Quatre titres seulement, mais déjà quatre explosions, quatre déflagrations qui découpent l’air de leurs éclats aiguisés, et mettent en orbite des réminiscences du passé, un goût soudain de cold wave dans la bouche mais qui, loin d’être suranné, répétitif ou simplement nostalgique, offre une fusion contemporaine des ingrédients classiques du genre en ouvrant le propos. Une relecture qui, une fois le passé remonté à la surface projette vers l’avant demain à la vitesse de l’éclair et de ces rifs survitaminés qui emmènent ces titres très haut. Comme une imparable envie de bouger, d’avancer. De ne pas se laisser aller. Quatre titres seulement, mais d’une densité et d’une énergie qui laissent sans voix, exsangue et transi. Une vingtaine de minutes sans répit, une course effrénée à perdre haleine dans ce labyrinthe de sons et de frissons délicieusement addictifs. Enthousiasmant. Vraiment.

Matthieu Dufour

Le bandcamp de EAST c’est ici : violence in the flowers.