Chronique – Yan Kouton – Hostia (roman).

Hostia

Lire Hostia c’est faire l’expérience d’une plongée en apnée au plus profond de soi-même, il faut le lire d’un trait, sans reprendre son souffle, se laisser asphyxier progressivement par le noeud coulant qui se resserre autour de nos émotions friables et tremblantes, le noeud coulant de cette langue tranchante et toxique, qui épouse les contours d’une pensée sombrant peu à peu dans la folie…

Lire Hostia c’est communier avec ses entrailles avec tout ce que cela comporte d’effrayant, de visqueux, de sombre, une descente aux enfers dont on sait que l’on ne reviendra pas indemne…

Lire Hostia c’est admettre sa propre folie, potentielle, latente, tapie derrière des organes que l’on s’échine à user, entailler, dans ce corps qui ne nous appartient déjà plus, cette poussière que l’on déconstruit à coups de molécules…

Lire Hostia c’est accepter que nous sommes fait d’autant de lâcheté que de courage, que nous fuyons bien plus souvent que nous le voudrions, incapables de sacrifier notre amour égoïste, notre confort, toujours persuadés que nous sommes encore les maitres d’un temps qui ne fait que filer…

Lire Hostia c’est regarder notre paranoïa en face, droit dans les yeux, soupçonner tout le monde, ses proches, sa mère, ses enfants pour finir par se demander si finalement nous ne serions pas le coupable idéal…

Lire Hostia c’est faire corps malgré nous avec le Docteur Francis Cabon, ce médecin qui bientôt ne verra plus rien, et qui, par vanité, paresse, lâcheté, ou inconscience, a déjà tout perdu : la femme de sa vie assassinée, la raison, le fil…

Lire Hostia c’est faire partie de cette foule qui réclame la vengeance, le prix du sang, c’est frayer avec ces moutons, ces collabos, ces résistants de la dernière heure, ces épurateurs sans foi ni vergogne, et finir par s’y sentir pas si mal…

Lire Hostia c’est comprendre comme Yan Kouton que seules l’écriture, la poésie, la langue, peuvent dire la complexité et les mille nuances de nos vies, que seuls les mots peuvent restituer la matière noire de nos âmes en ébullition…

Lire Hostia c’est la tentation de l’autodafé : fouler de nos pieds tailladés les lâchetés séculaires, y écraser les ultimes restes de ces années dilapidées en l’air, disperser dans l’air vicié l’acide aspergé de nos mains creusées à ton coeur déserté pour y graver les dernières volontés de quelques hérétiques décharnés. Enfin foutre le feu pour éliminer les sains d’esprit, les raisonnables, les sachants, les séquelles et autres cellules récalcitrantes. Autodafé. C’est fait. Bien fait.

Lire Hostia c’est finir exsangue, exténué, exilé dans un corps qui n’est plus le sien, expatrié d’un cerveau rongé par les promesses non tenues, les ambitions trop hautes et le bec des corbeaux intimes…

Il faut lire Hostia


Matthieu Dufour


Présentation de l’éditeur

« J’ai fini à l’endroit précis où tout a commencé. Le corps a été découvert dans un buisson. Corps en sang. Celui de ma… J’ai creusé la terre. J’aurais voulu aller plus bas, ne plus remonter. De la terre sur mes bras, sur mon front. Des insectes qui se faufilent… Ils me rassurent d’une certaine façon. Ils s’ignorent, ils se passent par-dessus, ils font leur vie. Ils ne se dénoncent pas. Éventuellement, ils se bouffent entre eux. C’est dans l’ordre des choses. Comme une règle du jeu bien établie ».

Le docteur Francis Cabon vient d’apprendre la cécité qui l’affectera bientôt quand Céline, sa compagne, lui fait part de son désir d’enfant. Fou amoureux, mais décontenancé par les événements, il ne parvient plus à se projeter dans l’avenir et rompt le dialogue avec Céline.

Il s’enferme doucement, se renferme sûrement. Trop, beaucoup trop. Il n’est plus là pour elle et lorsque survient l’atroce, l’abominable, l’irréparable, il sombre dans la folie. Le Docteur Francis Cabon se raconte, nous dévoile ses heures anéanties à la recherche de son amour perdu, enseveli, arraché à sa peau, par des mains meurtrières.


Avant d’être un roman papier (Éditions La Matière Noire), Hostia est un projet d’écriture numérique qui s’enrichit de sons, d’images. À retrouver ici : Pour aller plus loin dans l’univers d’Hostia.

Un extrait d’Hostia 2 est à lire dans la rubrique À quoi ça rime ici : Yan Kouton.