Festina lente, les 1 000 barbes d’Olivier Vinot.

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Revenir à l’essence de son métier, remettre le photographe au service du modèle et non l’inverse, combattre quelques idées reçues, témoigner de la diversité, revenir à une forme d’épure, de simplicité naturelle : si Festina Lente, le superbe projet du photographe Olivier Vinot est au carrefour de motivations divers et variées elles ont en commun une forme d’humanisme à l’ancienne, un goût pour la rencontre et les échanges.

L’idée est à la fois simple et géniale : photographier 1 000 barbus (1 000 comme le chiffre type de l’échantillon représentatif) sans sélection pour ne pas se laisser influencer par des considérations esthétiques et ne pas céder au délit de faciès. Tout le monde, les beaux et les moins beaux au même niveau : même pose, même t-shirt blanc, pas de retouches, une vision brute de soi-même dans un joli noir et blanc lumineux. Accepter les imperfections, les rides, avec pour seul point commun cette étrange construction poilue qu’elle soit de 3 jours ou bien fournie, taillée au millimètre ou en jachère.

Pour au final se poser la question : mais qui sont-ils ?

Car c’est là où le projet est passionnant : planté devant la galerie déjà riche de près de 700 barbes, la première impression est celle d’une grande perplexité quand on se retrouve confronté à une perte de repères. Pas de vêtements, pas de smartphone, pas de marques pour tenter de cataloguer le modèle. Alors on essayer de se fixer sur l’allure de la barbe, et malgré soi on se laisse vite embarquer dans ses préjugés, conscients ou non. Aujourd’hui un barbu est forcément un hipster, un SDF ou un djihadiste. Autrefois il était notable, professeur ou député radical-socialiste. L’époque est à la simplification, à l’amalgame, à la pensée unique, à la globalisation. Alors qu’une fois débarrassé de ses apparats habituels, de son déguisement, un homme barbu est presque nu. Il se retrouve comme ce corps anonyme allongé sur la table de la morgue. Il peut être n’importe qui, vous moi. On se plait alors à imaginer une vie, des amis, une familles à cet inconnu dont le regard vous a accroché. Mais sans aucune certitude : on peut prendre un banquier pour un directeur artistique, un cordonnier pour un médecin et un étudiant pour un psychiatre. Ou l’inverse. Avec une véritable envie sincère : remettre l’homme au cœur de sa vie. Une évidence pour celui qui acquiesce à la citation Oliviero Toscani : « le seul but final de l’art, c’est la condition humaine ».

Ce projet qui devrait aboutir d’ici quelques semaines avec le shooting du 1000ème barbu est une vraie réussite à fois esthétique et sociologique. D’ailleurs les candidatures affluent bien au-delà de la barre fatidique et Olivier Vinot au rythme d’une quinzaine de modèles par jour enfile les séances sans pour autant perdre en intensité dans la force de ses portraits. Une belle histoire de création, d’art et de rencontres humaines. Une belle leçon de vie.

Le site et toutes les infos sur le projet, la galerie c’est par ici : Festina lente. 


Matthieu Dufour


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