Bowie – Me and Mr Jones.

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Il y a tellement de façon d’aborder le sujet, de l’importance de son œuvre à sa personnalité, de la qualité de sa musique à sa vie et ses rencontres, de la réincarnation à la liberté, mais je ne suis pas assez compétent pour cela. je laisse ces choses aux historiens et aux experts. Une fois de plus je me contenterai de l’aborder sous un angle émotionnel, égocentré et futile.

Le choc de la première vidéo, Ashes To Ashes, ce 45 tr acheté et usé jusqu’à l’os, le secret de cette musique partagée avec une fille épatée, la remontée du fleuve en compagnie du Docteur Jones, ces disques empruntés à des grandes sœurs ou à des oncles,  la découverte d’un univers protéiforme incroyable, de mondes parallèles fascinants pour un ado de la tranquille banlieue ouest, l’élargissement du champ des possibles, Iggy, Lou, Berlin, …
Pour moi, la musique ce sont bien évidemment ces souvenirs, et souvent, bien moins et bien plus que des chansons entières : des moments, un silence, un accord, un décrochage de voix, une phrase, un souffle, des passages, parfois minuscules, un riff, un mot, une intonation, une rime. Je sais que j’horripile tout le monde quand j’arrête la chanson pour un rewind de quelques secondes, mais parfois toute la charge émotionnelle d’une chanson est là dans cet instant capté, humé à la volée, ce passage peut-être insignifiant pour le reste du monde mais qui résonne de façon si singulière dans mon corps et mon coeur.
Chez Bowie il y en à tellement…

Le « Oh no, not again » de Ashes To Ashes.
Les riffs de Ziggy Stardust et de Scary Monsters.
La rythmique de Look Back In Anger.
Le « Sh-sh-shhh » de China Girl.
Le piano de l’intro de Aladdin Sane.
Word On A Wing vers 4 minutes 08.
Le refrain de Starman qui invariablement me fait croire que tout est à nouveau possible.
Sa voix et à peu près chaque coin de parole dans Absolute Beginners.
Le retour de The Thin White Duke de Station to Station.
Le rire au début de Changes du Live At Nassau.
Le refrain de Modern Love, une des seules chansons au monde capable de me donner envie de bouger.
Le dernier couplet de Wild Is The Wind, « You touch me ».
Quand il prononce « dolphin » dans Heroes.
Le dernier « Is there life on Mars » de la chanson.
Les cordes au milieu de Quicksand.
Les premier mots de Lady Grinning Soul.

Je pourrai continuer des heures… En fait dans pratiquement toutes les chansons de Bowie, même dans les moins fameuses il y a pour moment ces quelques secondes de grâce dans la voix, le phrasé, la composition, l’interprétation, qui me remuent, me secouent. Dès années que cela dure. C’est ce qui le rend unique à mes yeux.

Quand je regarde les disques empilés dans mes étagères je me dis qu’ils ne sont pas si nombreux à m’avoir accompagné aussi longtemps, ceux dont je continuais à acheter les disque, pardonnant les erreurs, les errances, les airs moins fameux. Sans comparer la valeur, la qualité, les parcours. Daho, Murat, Dominique A en France, Morrissey, Depeche Mode, The Appartments ailleurs. Et tout au-dessus, Bowie.

Alors que j’en suis à la dix-neuvième écoute de Ashes To Ashes, je répète comme un illuminé « Oh no, dont say it’s true… » et je n’arrive pas à être complètement triste. Aladdin, Ziggy, et tous les autres sont immortels. Il y a toute cette mémoire qui est là, dans les sillons, bien vivante, tous ces visages aimés, ces lieux croisés, ces danses esquissées, ces clopes vidées, ces verres consumés. Toutes ces années plus ou moins dorées mais toujours illuminées par sa classe.

Alors oui j’avoue, j’avais fini par le croire immortel c’est vrai.

Il l’est à sa façon.

Golden Years.

Pas le courage de découvrir Blackstar ce soir.

On verra demain, ou la semaine prochaine.

Il n’y a plus d’urgence.

Je pense à mon pote Laurent. Je suis triste avec lui.

Bye Mr Jones.


Matthieu Dufour