Chronique – Matthew Edwards & The Unfortunates – The Birmingham Poets.

Birmingham-Poets


Dans le flot incessant de sorties musicales qui inondent nos oreilles chaque semaine avant de sombrer dans le vaste cimetière des disques partis trop tôt, il y a des albums qui surnagent à la surface, maintenus en vie par un souffle venu des profondeurs, une énergie parfois proche de celle du désespoir. Au milieu de cet océan de chansons dispensables, voire inutiles, il y en a toujours une poignée, quelques-unes qui résistent, qui émergent et finissent par atteindre les rivages de nos âmes éreintées, portées par un gulfstream bienveillant, des morceaux errants qui débarquent avec leurs peines et leurs lueurs au beau milieu de nos chaos personnels sans que nous y soyons préparés.

The Birmingham Poets, le nouvel album de Matthew Edwards & The Unfortunates (chez December Square) est assurément de cette trempe. Disque de chair et d’os, de sang et de larmes, de troubles et de houblon, de défaites surmontées et d’espoirs ténus, remplis de fantômes et de lutins facétieux, The Birmingham Poets touche par sa justesse, son évidence et sa vitalité. Bien évidemment, il y a le grand talent du songwriter, quelque chose comme un Morrissey qui aurait enfin décidé d’arrêter de se vautrer dans la facilité. Bien sûr, il y l’énergie d’un groupe au diapason de ces compositions élégantes, cette voix qui va parfois se promener chez Bowie et l’intelligence de production du fidèle John Rivers. Mais il y a surtout ce supplément d’âme qui sépare le bon musicien de l’artiste. Cette humanité trouble et terriblement émouvante, cette faculté de nous lancer à vive allure sur les rails de ces montagnes russes mélodieuses qui tour à tour soulèvent, abattent, terrassent, emportent, apaisent, inspirent.

Parce qu’en lui respire encore l’enfant qui croit à la magie, Matthew Edwards fait partie de ces artistes capables de dénicher une infime parcelle de poésie au milieu d’un terrain vague bétonné. Parce qu’il a suffisamment vécu, bourlingué et largement payé son écot à la vie, Matthew Edwards fait partie de ces artistes capables d’insuffler la juste dose de distance dans sa mélancolie.

Élixir surprenant, compagnon de route et de pub réjouissant, à la fois terriblement touchant et joyeusement euphorisant, ce disque en équilibre sur le fil de nos vies incertaines est tellement plus qu’un excellent disque.

« We think the world of you » chante-t-il à la fin de l’album.

Nous aussi Matthew, nous aussi…


© Matthew Dufour



Sortie le 5 avril chez December Square – Artwork by Pascal Blua.


 

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