Interview – Pauline Drand.

PAULINE DRAND 2 © Dan Pier

Photo by Dan Pier


Comment es-tu arrivée à la musique, tu as démarré petite ou c’est venu plus tard ? 

Il y a toujours eu de la musique autour de moi. Enfant, j’ai pris des cours de piano, la guitare et le chant sont venus plus tard, à l’adolescence, de façon plus libre et autodidacte.

Tu as mis longtemps avant de composer tes propres chansons ? C’est un exercice naturel ? Compliqué ?

Récemment, j’ai retrouvé un vieux cahier ligné avec une partition très simple d’un air que j’avais trouvé au piano. On ne va peut-être pas appeler ça une composition, mais on dirait que le goût et le besoin d’inventer de la musique sont venus très tôt, beaucoup plus facilement que la discipline que requiert l’apprentissage d’un instrument ! (rires)

Les chansons, et notamment en français, c’est venu il y a trois ans. Je ne me suis jamais dit « je vais écrire une chanson », ça se fait spontanément, quand vient l’envie ou le besoin.

Tu es d’évidence une musicienne, mais tes textes respirent un véritable goût pour les mots, comment nait une chanson, par quoi commences-tu ?

Ça commence toujours par la musique. Les mots viennent ensuite, chantés directement, comme une prolongation sonore des notes.

Je crois que tu es sur un album, comment travailles-tu : tu as une ligne directrice précise ou tu te laisses un peu guider par les rencontres, les circonstances,

Après avoir enregistré le double EP, j’ai tout de suite composé pas mal de chansons dans une période assez courte. Il y avait donc une série de nouveaux morceaux, qui semblaient se broder autour d’un même thème et d’un même temps, et avec Brifo – mon producteur – on s’est dit que cette unité pourrait donner naissance à un album. Disons que la ligne directrice se crée en même temps que l’enregistrement, je n’ai jamais su faire autrement que me laisser porter par ce qui advenait, rencontres (évidemment !), chansons, circonstances… Par exemple, une partie des arrangements est née à l’occasion d’un concert à Radio France, où j’ai eu la chance de pouvoir jouer avec un quatuor à cordes, mené par la formidable Line Kruse. Même si cela pourrait donner l’impression de confier beaucoup de choses au hasard, au final, je m’y retrouve toujours, et s’il y a direction, elle m’apparaît dans un après-coup. Cette forme de flexibilité me plaît beaucoup, car elle me permet une certaine liberté, par exemple celle d’enregistrer en studio un morceau que j’aurais écrit quelques jours plus tôt.  J’ai la chance de travailler avec des gens qui se retrouvent dans cette même dynamique, qui n’ont pas peur de la spontanéité et de la création toujours en cours.

Qu’est-ce qui inspire tes chansons : ta vie quotidienne, des films, des livres ?

La vie, oui, et les mots et les images en font partie ! Là encore, je ne crois pas beaucoup au hasard. Les expériences que je vis, les œuvres qui me troublent, dans cette profusion j’arrive à voir des thèmes communs, des obsessions, ce qui se répète sans cesse dans la contingence…

Je trouve une grande maturité dans tes compositions, tes textes, on dirait que tu sais où tu vas…

Je ne crois pas savoir où je vais, si ce n’est que certains territoires m’ont toujours attirée plus que d’autres. Peut-être que ce que tu appelles maturité serait au contraire dans le fait d’accepter de ne pas savoir où l’on va, avec l’idée qu’à la fin il y a la mort et qu’il faut remplir au mieux ce qui la précède ! (rires).

Quel regard portes-tu sur l’exercice de la musique aujourd’hui : beaucoup de projets de qualité mais un encombrement évident, une difficulté à émerger : ça t’angoisse ? Tu ne t’en préoccupes pas ? Tu as un plan ?

J’ai tout sauf un plan ! Bien sûr on ne peut pas évoluer dans ce milieu sans constater tout ça, mais je crois que si il y a inquiétude, elle ne se retrouve pas sur le même plan que la création. On a quand même la chance de pouvoir chanter, créer librement et être entouré de gens qui prennent ça pour une affaire sérieuse, c’est déjà pas mal.

Ton double EP a reçu un bel accueil, j’ai lu de très belles choses, comment vit-on ces retours à vingt et quelques années ?

C’est vraiment une grande joie de lire toutes ces belles choses qui ont pu être écrites, se rendre compte qu’il y a des gens qui partagent cet amour des chansons, et qui vivent avec ce disque. C’est un processus étrange, de créer ces petites choses dans son coin, et d’arriver un jour à ce que les gens en parlent comme des chansons.


PAULINE DRAND 3 © Dan Pier

Photo by Dan Pier


Tu aimes l’exercice de la scène ?

Ça dépend du moment où tu me poses cette question ! (rires) La scène, ça peut être terrifiant, horrible, et puis aussi formidable, et même des fois juste banal. Je crois que je n’ai pas fini de ne pas savoir répondre à cette question !

Tu as trouvé un tourneur je crois ?

Oui, et j’en suis très contente ! Je travaille avec David des Tontons Tourneurs, et en mars je pars à Rennes pour mon premier festival, c’est une chance, non ?

Nous avons un amour commun pour Duras, qu’est-ce qui te fascine chez elle ? L’écrivain ? La femme ? Tu aimes son cinéma ?

D’abord, les livres. Je l’ai découverte avec Moderato Cantabile, une révélation, ce livre m’a habité pendant des jours. Ensuite, j’ai dévoré son œuvre, et je me suis particulièrement attachée à des livres comme Le Ravissement de Lol V. Stein ou Écrire. Je crois que dans certains cas, les livres ça peut sauver des vies, ça peut sauver des voyages et des solitudes. Forcément, après, je me suis intéressée au personnage, de laquelle je me sens familière et qui parfois m’agace, une vraie histoire d’amour ! (rires)

Je vais plus facilement vers les livres que les films en général, et je ne connais pas bien encore son cinéma. Je crois que je suis tellement attachée à son écriture que ça me fait un peu peur de découvrir ses films. Mais ses livres sont déjà des films ! Vraiment, il faut lire Le Marin de Gibraltar !

Quels sont tes autres totems artistiques ?

 Les statuettes que fabriquait mon grand-père dans son atelier d’ouvrier sidérurgique à la retraite.

Quels sont tes dernières découvertes, tes derniers coups de coeur artistiques : musique, littérature, cinéma, arts plastiques… ?

Les morceaux suaves et rock de Cigarettes After Sex, les couleurs et formes d’Osamu Kobayashi, les éditions Isti Mirant Stella, l’œuvre bouleversante de Francesca Woodman, les femmes photographes (Barbara Morgan, Dora Maar…) les BD de Ludovic Debeurme, …

(Pour m’avoir fait découvrir certains de ces coups de cœur, merci au Musée d’Orsay, et à mes amis Sarah et Laurent !)

Quels sont tes projets ?

Terminer l’album et le sortir cette année, j’ai hâte !

Merci Pauline !


Vous pouvez retrouver la chronique du disque ici : Pauline Drand – Double EP.

Ainsi que le report d’un showcase là : Pauline Drand – La Fabrique Balades Sonores.

Et la superbe playlist concoctée par Pauline : Pauline Drand – Playlist.