Il y avait quelque chose de pourpre… By Guillaume Mazel.

Prince


Il y avait quelque chose de pourpre sur le faisceau de lumière que traversait la vitre, donnant à la scène une idée mentie d’église, une odeur vraie de dieux, ce violet trompé envahissait les parois blanches comme ces rythmiques qui hypnotisent nos gestes. Sur le faisceau dansaient des pépites d’or presque impossibles à toucher, sur le faisceau dansaient des libertés. Sur l’échine de la couleur se promenait un parfum troublant, ni sexe ni sage, des particules odorantes  affamées d’acides et de douceurs, et les effluves déchainaient des ombres chinoises capables d’êtres lunes avant que d’être astres, les astres et les lunes ont  ce point en commun, ils sont mensongers, dans l’habitude séculaire de les voir valser, on en oublie qu’ils vieillissent, on ne sait qu’ils sont déjà morts, quelque part, dans la gorge noire d’un poète. Le miracle d’un dieu réside parfois dans ce jeux de lumière, sur la table baroque le verre a pied de cristal de Bohême s’était emplie d’arsenics, de tue-loups, d’âges, alors la couleur, l’assassine de ces vitres, vint et teignit le liquide incolore de vin, de passion, de chaleurs. Le miracle d’un dieu est un acte humain, comme peindre le sang vermillon  de pourpre, être ainsi, autre chose, d’ailleurs, être l’envie, le désir, l’ange, et l’ange déchu, avoir la beauté de sa propre chair, et être un peu plus grand que les autres, histoire de voir avant eux, le jour suivant. Le regard s’habitue a la couleur comme il s’habitue a l’éblouissement, lentement, la paupière garde en nos intérieurs les tons et en font raison, petit a petit, on prends conscience de la vrai palette chromatique de nos chemins, cela est la couleur véritable de nos chairs, la couleur de ces rues, la couleurs des rêves, la couleur des réalités, celles qu’on suce avec délicatesse pour n’en laisser échapper ni l’aquarelle, ni l’ultime délavé, avant que tout ne soit que noir, et que la couleur de la pièce s’éteigne, bien avant la lumière. Il y avait quelque chose de pourpre sur les rayons fébriles que pardonnaient les giboulées de Mars, les langues pourpres, que l’art évoque et use comme symbole de créativité, formaient des oscillations sur les irrégularités des murs, des lignes d’ondes. Voici des vagues océaniques, parfois écumes calmes, parfois tsunamis vicieux, et des rives les recevaient comme solfèges, et les blanches et noires, et les crochets et les rondes se violaient entre elles, ce violet sur elles, et sous terre des mains les jouaient sur une guitare dont les cordes étaient racines de bergenia et de catalpa, et le corps menu, fils de fleurs de coton, père de cerisiers, abreuvait de framboises le venin dans le verre a pied. Sur un porte manteau, un vieux draps blanc usé jusqu’a la déchirure en son centre, imprégné de morsures, tentait de sécher de l’éternelle pluie qui l’alimentait, se coloriant comme toge d’archiprêtre au faisceau athée, ici jouent les dévots et les défaits, sur la largeur de la toile, jouent les purs et les impurs, les impairs et passe, des vestiges crémeux de combats, et d’ultime repas offerts aux infinis apôtres, ici gueulent de colère les mères et filles, ici gueulent de plaisir les mères et les filles, et vous aussi, messieurs, et vous aussi, et le monde entier, même si il n’y a plus personne, qu’un symbole ambigüe, le monde entier sur le drap pourpre. Dehors, dehors il devait surement y avoir un jardin d’où puiser les pigments semés sur la lumière, mais il était sans être, la vie par ici, est seulement interne, la somme, la conséquence de l’univers, se résume dans ce flux onctueux de lampe a lave, ce psychédélisme sauvage, ces hanches vaudous, ces sueurs dorées, ces syllabes au creux des reins, brutales et véloces, et le pourpre qui joue le Blitzkrieg sut toutes surfaces. Aux quatre coins de la pièce, sur la moquette kitch, s’étaient allongés des diamants et des perles, et leurs mouvements lascifs engendraient des séismes aux angles, la couleur doutait alors entre toutes les facettes et les lisses nacre, et se divisait sur leurs superficies, se multipliant sur tous les nord, les sud, les est et ouest, et les niveaux intermédiaires. Bientôt, des lueurs volages danseraient schizophrénétiquement sur murs et meubles, objets et présences, comme portée de musique en composition, encore vêtue de peinture fraiche, encore irrévérente, innommable. Au sol, la moquette se voulait tigre aux aguets, mais sa chaleur le dénonçait, et les chaises connaisseuses de ses phéromones tentaient d’incruster leurs pieds dans les frisures de la laine. Si la couleur a travers les vitres crée des saintes églises aux vitraux 70’s, la pièce sentait l’orgie merveilleuse des futurs, et tout se mariait, le blues, l’Afrique et les vestes viennoises de Napoléon nains, le funk, Miles Davis et le féminisme des hommes, Chuck et Jésus Christ, l’esclave et le prince. La pièce pourpre, semée d’encens et sandale, était jonchée de cadeaux pour dames et demoiselles, femmes de petite vertu et grandes dames de crucifix sur la poitrine, mais les portes s’ouvrent autant qu’elles se ferment, ne retenais même pas les vents, orages et brins d’air. Au mois d’Avril, un dieu jaloux, de passage, se senti bouleversé par la lumière enfin libre qui miroitait dans l’univers de la pièce, et d’un courroux égoïste, ferma les rideaux de velours violets, bordés d’ors et de sons, d’une main sans art, d’un geste sans grâce, et tua, en l’étouffant de silence, le faisceau extravagant, la chambre se trouva brutalement dans la nuit, alors qu’on entendait sur les vitres la pluie redoubler de puissance au dehors, et quand le dieu figé et pierre voulut quitter la demeure, ni ses pieds ni sa gorge ne le suivirent. Dans la nuit de Minneapolis, aux murs de la maison, dans l’obscurité pleine, le noir se refléta dans le pourpre, et eut envie de se teinter, et le dieu envieux, enfermé en ces lieux, se posa la cape princière comme draps, et sentis la luxure lui faire du bien, et dans le pourpre éblouissant, dansa comme démon.

Je suis le symbole immortel pour lui et elle
Si un jour vous me voyez au piano frêle
Au piano pourpre offert le jour d’avant
Sortez vos prières et jouissez en dansant
Déchirez ma chemise en belle folie
Mes velours, mes tapisseries
Et derrière gardez le secret post-mortem
Parti pour ne plus avoir de faim
Parti pour craindre la seule fin
Ainsi d’inutile est ce  triste crachin
Parti pour ne pas décolorer vieilli
La couleur princière de ces pluies


Guillaume Mazel