Chronique – Rocky – Soft Machines

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Alors que le vieux monde s’effondre tout autour de nous, que la dépression automnale s’installe tranquillement et qu’une colère irraisonnée contamine les esprits les plus éclairés, la musique est souvent bien plus qu’un refuge, qu’une consolation, qu’un baume apaisant. C’est aussi une raison d’y croire. Pas parce qu’elle va changer l’ordre des choses, ne soyons pas naïfs, mais parce qu’elle va réveiller en nous des trésors enfouis sous des couches de petits abandons, de défaites successives, de fatigue empilée. Elle va aller chercher l’énergie profonde qui sommeille en chacun, inspirer des images nouvelles et fécondes, des projets insensés, déclencher des envies profondes. De danser, de rêver, d’aimer, d’avancer, de se bouger, de refuser l’isolement, le repli sur soi et les barrières, les frontières qui n’ont aucun sens ni aucune légitimité historique.

La musique de Rocky est un antidote fabuleux à la morosité ambiante. Chez le quatuor point de communautarisme, de rejet de la culture de l’autre, de haine de la différence. Bien au contraire. Ils s’appliquent depuis leur premier EP à abattre les murs, décoller les étiquettes et rassembler les esprits libres dans une même envie : celle d’une musique libre, un esperanto musical imparable, une fusion singulière qui rassemble dans un même élan les pionniers de la house, les esthètes du disco New-Yorkais, les sales gosses de Madchester, les amoureux d’un R&B et d’un hip hop racé et positif, l’hédonisme brûlant et la martialité brumeuse.

Fausses pistes, trompe-l’œil, Rocky multiplie les feintes et les esquives pour mieux alterner directs électro ou uppercut pop. Maitrisant son art avec brio, le groupe s’est depuis les débuts affranchit des diktats de chaque genre pour laisser libre cours à son imagination fertile et célébrer la vie et ses vicissitudes, l’amour et ses vertiges. Porté par la voix charismatique d’Ines, des compositions impeccables et un jeu de jambe millimétré, l’album tient ses promesses et surprend encore. Là où on l’on pouvait attendre une compilation de tubes sur-vitaminés dans la lignée d’un mémorable Just Away, Rocky prend son temps et nous impose son tempo. L’envie de danser est toujours là, l’appel du dance floor est toujours aussi irrésistible mais on trouve dans le disque bien plus que cela : des descentes, des pauses, des chemins de traverse, des digressions, des pas chassés. Là où certains seraient tenter d’en faire trop, Rocky trouve le juste équilibre. Promesses de lendemains dansants, chantants, aimants, Soft Machines va sérieusement réchauffer votre cœur dans les mois qui viennent. Dieu sait si vous en aurez besoin…


© Matthieu Dufour


A voir absolument en live !


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