Live Report – Kid Francescoli – Le Café de la Danse (23 mars 2017).

Alors que la France s’enlise dans une dépression pré-électorale implacable et que le monde entier se laisse aller à une montée irrésistible des haines et des colères, les adeptes du beau jeu musical que sont Kid Francescoli et Julia Minkin tentent de remonter le moral de la planète et de ses habitants avec un Play Me Again, très digne successeur du With Julia paru il y a deux ans (et salué ici même : Chronique – Kid Francescoli –  With Julia). Tour de force électro-pop et idée de génie que de transformer la traditionnelle rupture amoureuse en hymnes colorés à la vie, à la complicité et à la création plutôt qu’en pleurnichages adolescents. Avec Kid Francescoli les histoires d’amour finissent parfois en feu d’artifice royal.

À l’image d’un disque varié et pourtant hyper cohérent, le set est lumineux, joyeux, sexy et d’une efficacité redoutable. Alternance de beats disco, de sons analogiques vintages, d’électro tour à tour mélancolique et euphorisante, d’échos reggae, rap ou R&B, le succès de Kid Francescoli tient probablement dans ce talent de composition à partir d’influences bien digérées. Les titres s’enchainent, la température monte, la salle réclame les tubes, la complicité des deux anciens amants saute aux yeux et c’est un véritable duo qui réjouit un Café de la Danse bondé et moite. La présence d’un vrai batteur au centre apporte de la densité à un concert qui monte vite en tension et en sensualité, les deux artistes jouent avec leurs voix, leurs regards, Julia se déplace sur la scène avec la grâce d’un félin envoûté, enlace les lumières, se lance dans autant de danses que de parades post-amoureuses, chante parfois comme la délicieuse Sarah Cracknell, vient narguer son complice puis repart comme une princesse orientale païenne après avoir allumé la mèche, mutine et coquine. C’est chaud, sensuel, il y a de l’amour et du désir dans l’air et le Marseillais remercie Paris. Parfois, la vie est vraiment belle. Ce soir, pendant qu’à la télé les spectateurs assistent hallucinés à la rencontre Angot – Fillon, les spectateurs du Café de la Danse dansent, lèvent les mains au ciel, s’embrassent, se regardent amoureusement et jouissent du moment présent. Bouquet final en rappel, un My Baby réclamé par une grande partie du public et accueilli avec une liesse méritée.

A force de traquer la nouveauté à tout prix, de chercher la singularité intellectuelle, de vouloir dénicher l’originalité indie, on oublie parfois que la musique est aussi (avant tout ?) quelque chose de physique, une histoire d’hormones, d’envie, de séduction. Avec Kid Francescoli nous sommes servis : sur le disque et de façon éclatante sur scène, dans une salle transformée en dancefloor brûlant de lave mélodique. Pas impossible que d’ici neuf mois une vague de naissances vienne rappeler aux spectateurs de ce concert que le 23 mars 2017 ils ont été particulièrement amoureux.

Beats & Love.


© Matthieu Dufour