Festival Walden – Interview Nesles.

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C’est quoi le Festival Walden ?

Le Festival Walden c’est 4 jours de concerts, répartis sur 2 salles (22/23 juin à FGO – Barbara, 24 juin/1 juillet à Petit Bain), 17 artistes, 14 concerts, 2 expos photo, et 1 DJ set (francophone).

Pourquoi un festival après les soirées ?

J’avais envie d’essayer. J’aimais l’idée, je trouvais ça excitant. C’était une suite logique à tout ce que j’avais fait auparavant, une forme d’aboutissement. Un festival, ça permet de créer un plus gros bouillonnement. En concentrant les concerts sur quelques jours, on peut profiter d’une dynamique, permettre aux publics des artistes – et aux artistes eux-mêmes – de se croiser plus facilement, d’échanger.

Pourquoi deux salles ? 

Je trouvais ça amusant de faire ce festival dans deux lieux parisiens assez opposés  géographiquement, aux lignes éditoriales extrêmement originales et sensiblement différentes, mais communément exigeantes. J’avais envie de créer une sorte de synergie entre ces lieux, les artistes et le public.

Comment as-tu effectué la programmation ? Parle nous un peu de l’esprit de ce festival, nécessairement influencé par ces choix artistiques et humains ?

J’ai invité des artistes que j’aime vraiment et que je voulais voir ou revoir sur scène. Ce sont des choix forcément et totalement subjectifs – ce que j’assume à 100%. Le dénominateur commun de tous ces artistes, c’est cette envie de toujours chercher, d’essayer de nouvelles choses. Il n’y a pas de pose chez eux. Et ce sont des gens qui peuvent être différents dans leurs propositions formelles. Avec, me semble-t-il, une culture musicale généralement anglo-saxonne, paradoxalement liée à un attachement très fort à la langue française – attachement qui vient bien souvent de la littérature, de la poésie, du cinéma. On est loin de ce que j’appelle « la chanson à papa ». Ce sont autant d’artistes qui essaient des combinaisons parfois déstabilisantes, mais qui moi m’intéressent.

Si tu prends Lou, Rémi Parson ou Nicolas Paugam, on a affaire à des sensibilités certes très différentes, mais qui ont en commun un plaisir très fort et communicatif de chanter les mots ; Il y a chez eux une grande liberté, très excitante, et totalement dépourvue de tout souci d’efficacité.

Mais nous n’avons rien inventé. Nous sommes juste dans une voie ouverte par des Gainsbourg, des Manset, des Bashung, des Murat, des Dominique A…

Certains artistes sont déjà passés par les Compilations et les Soirées Walden, mais j’avais aussi très envie de voir de nouvelles têtes : des gens que je ne connais pas vraiment mais qui me stimulent, que j’avais envie de découvrir sur scène. Très égoïstement, ça me permet aussi de rencontrer des artistes avec lesquels je me sens certaines affinités. Sur ce festival je suis Directeur Artistique, oui, mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les rencontres, les échanges, les stimuli que je vais vivre en tant qu’artiste.

Je crois vraiment que la clé de tout ce bazar, c’est la curiosité. J’incite d’ailleurs beaucoup les artistes à aller s’écouter les uns les autres.

Il y a là également un souci très important de bienveillance. Je connais les angoisses, les exigences, les caprices aussi parfois, des artistes. Ce n’est pas toujours très justifié, mais je comprends ces excès. Il arrive même qu’ils me touchent ou me bouleversent. J’essaie donc d’être très présent auprès de chacun. La dimension humaine est ici fondamentale.

Tous les artistes que j’ai invités ont accepté quand je leur ai proposé de venir jouer ; c’est une très très grande preuve de confiance. Les choses se sont donc montées comme ça, assez naturellement.

Je suis par exemple très fier et très honoré, de recevoir Frédéric Lo que je connais depuis très longtemps, et qui revient enfin sur le devant de la scène proposer des chansons composées dans le plus grand secret – alors qu’on le connaît surtout comme réalisateur (auprès de Daniel Darc, Eicher, Chamfort, Baptiste W Hamon…) Ses compositions, il vient les jouer pour la première fois lors du Festival Walden, c’est très émouvant.

Quelques mots sur ton prochain album ? Tu vas le jouer sur scène dès maintenant ?

A priori ce nouvel album sortira à l’automne. Tout est prêt, il est fabriqué, un clip est en cours, un autre en préparation. J’en jouerai quelques titres en groupe (nous serons 4 sur scène) lors du festival, mais je jouerai aussi quelques titres plus anciens – et revisités !  Je ne veux pas tout dévoiler tout de suite. J’ai besoin de maintenir une sorte de pression, d’inconnu, et d’excitation pour la suite.

Le nouvel album a été réalisé par Alain Cluzeau avec qui j’aime vraiment travailler. C’est une vraie rencontre. Très forte. Très vraie. Passionnante et passionnée. Alain et moi nous sommes testés sur l’EP Nu, il y a deux ans, et on a vite fait de trouver notre mode de fonctionnement. Quand on a monté l’équipe de l’album on savait qu’on voulait quelque chose de très acoustique, d’un peu rugueux. Il fallait qu’on sente la matière, qu’il y ait de l’espace aussi et qu’on puisse y injecter des touches un peu plus modernes, synthétiques… Je voulais quelque chose d’assez hybride. J’aime l’électronique comme matériau. Mais le noyau dur, ça restait avant tout des chansons en guitare/voix. Il fallait impérativement que ça se tienne sous cette forme, avant tout début d’arrangement. Toutes les chansons ont donc été rodées, revues et patinées sur scène.

Il y a en même temps dans cet album beaucoup de lâcher prise, et Alain m’a beaucoup aidé à ce niveau-là. Avec lui j’ai enfin appris à faire confiance. À moi, mais aussi aux morceaux en tant que tels. Et à laisser filer les choses, à laisser monter la sauce sans forcément tout contrôler.

La scène semble jouer un rôle important jusque dans la composition des morceaux ?

Il n’y a pas de problème à revisiter les morceaux si on ne les dénature pas, si on ne s’éloigne pas trop du «core». Pour cela il faut que la chanson soit forte, qu’elle tienne debout toute seule. Le risque bien sûr après, c’est la surenchère. Mais Alain veillait au grain. Et nous avons visé l’épure, « la bonne note au bon endroit », alors qu’avant j’avais tendance à surcharger, à vouloir en mettre trop, partout.

Souvent une chanson, ça part tout seul, ça jaillit. On ne sait pas pourquoi. Enfin moi je ne sais pas. Et ça peut n’aboutir qu’au bout de trois ans. Parce qu’on n’a pas trouvé l’axe, la cohérence. Parce qu’il manque un mot. Pour moi, partir avec une volonté de dire absolument quelque chose, ça peut tuer la matière organique. Pour paraphraser Brian Eno, quand une chanson commence à ressembler à une chanson, ça ne m’intéresse déjà plus. J’ai besoin de sens bien sûr, mais j’ai aussi fini par accepter que peu de choses en avaient. En fait je crois que le sens vient de l’authenticité, de la sincérité. Point.

Les concerts aident à patiner les morceaux, parfois je change un mot, cela permet de préciser des choses, c’est vraiment bien. Ce qui est compliqué c’est d’être précis sans être démonstratif. D’ailleurs, j’ai réalisé avec le temps que la plupart des morceaux enregistrés sans avoir été joués sur scène ont rarement survécu. J’aime bien qu’un titre sente le vécu, la sueur, la poussière. J’ai besoin de me planter avant d’avoir le cœur net sur les options à prendre.

Que retiens-tu de l’expérience Microcultures ?

J’ai bien aimé. Ça remet l’artiste au cœur même du « process ». Il ne s’agit pas d’aller « taper » les gens mais de leur proposer quelque chose qui n’existe pas encore. De leur donner envie. C’est excitant.

À notre époque on n’a plus le choix: on ne peut plus se contenter d’écrire simplement des chansons. Il faut faire 1001 choses en plus. Certains s’en plaignent. Moi j’adore. Je trouve ça vivifiant, ça me fait toucher plein de choses, ça me maintient en éveil constant.

Plus précisément, cette expérience m’a aidé dans ma démarche artistique, dans mes choix, ça a contribué à préciser là où je voulais aller. Ça a permis aussi de voir où étaient mes vrais alliés, mes co-équipiers. Et forcément ça a redistribué pas mal de cartes…

Et puis, il y a l’excitation d’aller présenter le produit terminé, de le partager avec les gens qui ont permis de rendre tout ça possible.  Tout en me refusant toute pression : chacun doit rester à sa place. Mais c’est parfois compliqué de comprendre pourquoi tout ce bordel prend autant de temps ! À moi aussi qui suis «dans le truc», la réalisation d’un album semble très longue.

En réalité, c’est un vrai luxe de prendre le temps de bien faire les choses. À une époque où tout s’accélère. Où on ne prend plus le temps de rien. J’ai donc essayé autant que possible de tenir au courant celles et ceux qui avaient généreusement prêté « main forte » à ce projet.

Aujourd’hui c’est là. Ça ne demande plus qu’à éclore. Qu’à jaillir.

Merci Nesles !


© Matthieu Dufour