Festival Walden – Interview Rémi Parson.

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Les lecteurs du blog te connaissent, mais peux-tu en quelques lignes nous parler de ton parcours pour les futurs spectateurs du Festival Walden ? Tu as commencé la musique très tôt…

Toute une histoire. Vers l’âge de 11-12 ans, j’ai commencé à gratouiller sur la guitare électrique chipée à mon frère et à pianoter sur un petit clavier Yamaha probablement dégoté chez Emmaüs. C’est le type de matériel que j’affectionne toujours aujourd’hui, d’ailleurs. Entre A Place For Parks, notre groupe de collège, avec Bruno déjà, plutôt post rock, avec lequel on avait gagné un tremplin rock local, mon projet “solo” folk lo-fi Electrophönvintage et The Sunny Street, assez shoegaze, j’ai eu la chance de sortir une belle poignée de disques sur des labels comme Plastic Pancake, We Are Unique Records, Cloudberry ou encore Slumberland. Et aussi de faire pas mal de concerts ; de l’Angleterre – où j’habite – à la Suède, en passant par New York ou l’Allemagne. J’ai commencé ce projet sous mon nom il y a presque trois ans. J’ai sorti un album et deux singles sur Objet Disque et Isolaa Records.

Pourquoi avoir accepté l’invitation de Nesles pour jouer au Festival Walden ?

Je voyais passer les events des soirées Walden et j’étais séduit par les visuels chiadés, la variété des styles représentés. J’avais aussi l’impression que c’était une affaire d’artisanat, à taille humaine. Assez proche en définitive de l’esprit des soirées et des promoteurs indie pop anglais qui privilégient le côté convivial, sincère, les rencontres pas forcément évidentes au premier regard. Du coup lorsque Nesles m’a invité – et je crois que tu y es pour quelque chose, merci ! ­–, je n’ai pas hésité une seconde.

Tu y joueras sous quelle forme : hologramme, solo, avec Bruno ton bassiste ?

En formule duo avec Bruno. Mais je n’avais pas songé à l’hologramme, ça économiserait bien des billets d’Eurostar… Je garde l’idée sous le coude. J’aimerais, si le temps nous le permet, projeter des visuels sur les murs de la salle ou derrière nous. Rien de particulièrement innovant, mais ça pourrait être beau.

Est-ce que tu prépares tes sets longtemps à l’avance ? Par exemple as-tu déjà une idée de ce que tu voudrais pour ce concert ? Tu as des nouveaux titres à jouer ? Des envies ?

La formule évolue à petites touches, mais constamment. Je prépare les concerts de mon côté en mettant régulièrement à jour les petites boucles rythmiques ou les bandes que nous utilisons pour nous accompagner. Chaque nouveau morceau doit être adapté pour la scène puisque les versions enregistrées sont souvent très foisonnantes et que nous ne sommes que deux pour les retranscrire. Bruno habitant à Paris, j’essaye d’arriver avec un ou deux jours d’avance pour répéter. Il n’est pas rare que nous jouions des titres après seulement quelques répétitions, et ce sera sans doute le cas pour le festival.

C’est en phase avec mon envie de spontanéité. Même s’il m’arrive parfois de douter ; calculer trop et on perd de la sincérité, de la puissance. Pas assez, et on reste en surface, pas assez cohérent. Cela dit, la scène pour moi, c’est avant tout l’occasion de déployer l’énergie, l’essence brute du morceau. Ça donne des versions très différentes des albums, pour le meilleur et parfois pour le frustrant, je suppose. Mais je n’envisage pas vraiment d’autres façons de m’y prendre. Je répugne à utiliser des artifices : accessoires, banderoles, effets de manches, gestes appuyés… En partie par snobisme sans doute, mais aussi parce qu’en tant que spectateur occasionnel, ce n’est pas ce qui me touche ; les mécaniques bien huilées.

Comment vis-tu le fait de jouer ainsi, de façon épisodique ? Parfois les dates  s’enchaînent, parfois elles se font rare, pas facile de travailler une identité scénique…

Les rares fois où j’ai eu l’occasion d’enchaîner les dates, j’ai trouvé l’expérience extraordinaire. Mais je crois qu’au fond, ce côté sporadique me convient et me protège. Je devine que ça me lasserait vite de passer des semaines entières à attendre dans les coulisses, à causer de pédales d’effets ou de contrats de synchronisation… La musique est toute ma vie mais j’ai peu d’affection pour tout ce qui l’entoure, ses contraintes techniques, cette obligation de représentation qui existe beaucoup moins ou pas du tout dans les autres arts. C’est un peu exagéré comme sortie… Ce que je veux dire par là c’est que mon rapport à la musique est très ambigu. Il n’est pas de l’ordre de la fascination, de l’identification à qui ou quoi que ce soit. Ça me prend, c’est tout. Je me suis promis mille fois d’arrêter, mais ça se repointe toujours. Je vais au bureau toute la semaine, somnole le week-end. Ce qui reste, ce que j’arrive à grappiller sur le quotidien, c’est la part irréductible de cette passion, ce que je considère comme le meilleur de moi-même, faute de mieux, la flammèche sacrée.

Tu as longtemps chanté en anglais… Le Festival Walden rassemble des artistes qui chantent en français, quel est ton rapport à ta langue maternelle ?

Depuis que j’ai franchi le pas, obsessionnel. Depuis toujours, j’en suis goulu et il me paraît aujourd’hui absurde d’avoir tant attendu. Ceci dit, l’écriture en anglais n’était pas chez moi une façon de me dérober ou de singer mes idoles. Elle était toujours de travers, souillée de gauloiserie, comme une sorte de patois bancal mais au final très personnel. Et puis à vrai dire, on ne se cache bien que derrière une langue qu’on connaît, qu’on maîtrise. Dompter le français, le tordre, le faire sonner, c’est infini et passionnant.

Quel titre as-tu sélectionné pour la compilation du Festival ? Pourquoi ?

J’ai choisi le premier morceau de mon EP Montauban. Une chanson qui s’appelle Montmurat et qui évoque un fier pont de briques de la ville du haut duquel on se jette pour en finir. On peut y entendre cette phrase que j’aime bien : « Et j’ai gravé dans les murs, tout un paquet d’insultes ».

Tu vas partager la scène avec des artistes aux univers parfois éloignés, cette mixité, cette multi-culturalité te plait ? J’imagine qu’il est toujours intéressant de se confronter à d’autres artistes aux projets différents ?

Cela m’attire énormément. Je ne suis pas un de ces musiciens qui est capable de jammer avec les autres. Je ne sais jouer que ma musique – et encore pas toujours – mais j’aime découvrir les autres pratiques, surtout lorsqu’elles sont éloignées de mon univers. Je n’ai pas eu l’occasion, peut-être la chance, d’évoluer dans une scène particulière, alors ça me va, cet éclatement. J’ai l’impression que c’est bien comme ça, on trace sa route, en piochant un peu partout.

Un mot sur ta récente collaboration avec les excellents Requin Chagrin ?

Ah ça pour la peine, c’était l’exception qui confirme la règle. C’était une expérience forte et enrichissante. En résulte un morceau de choix, Brexit, composé et écrit à quatre mains avec Marion, paré des finitions rutilantes de Greg, Yohann et Romain, et magnifié de plus belle grâce à l’aide précieuse de Bénédicte et Dominique du studio Labomatic. Ça m’a beaucoup intimidé sur le moment, de proposer un texte, de lever le voile une fois pour toute sur ma virtuosité guitaristique insensée. J’espère qu’on aura encore l’occasion de jouer et de retravailler ensemble un de ces jours.

Tu es en train de travailler sur ton prochain album, tu veux nous en dire quelques mots (Journal de bord) ? Tes dernières productions semblaient indiquer un refroidissement de ta ligne directrice, une volonté d’aller encore épurer… Sans pour autant perdre de vue la quête de la mélodie.

J’ai enfin avancé ces dernières semaines ; cinq ou six chansons à fignoler et une idée assez précise de l’ensemble aussi bien au niveau des sonorités que des thèmes abordés. J’en ai marre de l’Angleterre et en même temps je ne sais pas où aller pour la suite ; donc je ne suis déjà plus vraiment là mais nulle part ailleurs non plus, même pas en rêve. C’est une trame toute trouvée pour les textes et un liant bien claustro et fin de règne pour les instrumentations. Ça s’annonce comme la photographie d’une période vaguement malsaine que je serai toutefois heureux de saisir, de mettre en bocal.

D’autres projets ?

Ce départ éventuel, un beau projet de livre pour lequel j’ai la chance de composer une bande-son et trouver le temps et les moyens de finir l’album d’ici la fin de l’année. Le tout émaillé de quelques concerts… Voilà de quoi me tenir occupé !

Des récentes découvertes, des coups de cœur du moment ?                            

Deux chansons, Inch of Dust de Future Islands, Water Copy de Hiroshi Yoshimura, m’ont vraiment bouleversé récemment. Soupe à la grimace absolue mais je recommande, c’était cathartique.


Merci Rémi !


© Matthieu Dufour