Festival Walden – Interview Gisèle Pape.

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Gisèle, les lecteurs de Pop, Cultures & Cie te connaissent déjà mais pourrais-tu dire quelques mots sur ton parcours pour les spectateurs du Festival ?

J’ai un parcours hybride, entre musique et image. J’ai appris l’orgue liturgique au conservatoire de Belfort, puis me suis dirigée vers des études de cinéma à l’école Louis Lumière, en m’intéressant particulièrement au cinéma expérimental, au développement artisanal de la pellicule 16 mm, et à la performance. J’ai travaillé ensuite dans la lumière de théâtre et de danse, tout en écoutant parallèlement beaucoup de noise et de musique électroacoustique. Je me suis mise à la guitare et au chant, et enfin j’ai écrit des chansons !

J’ai sorti un premier EP, Oiseau, en novembre 2015, qui synthétise toutes ces influences – classiques, expérimentales et électroniques. J’écris des fables, ou des histoires qui travaillent sur la sensation, sur l’imaginaire. Il y est question de rois, de sirènes et d’oiseaux. Beaucoup d’oiseaux. Je travaille sur la boucle, la répétition, sur l’évolution des arrangements qui font passer de la douceur à la tension.

Ta présence dans le monde « Walden » n’est pas une première, tu te retrouves dans cet esprit de liberté, d’indépendance, de « fais-le toi-même » ?

Oui, même si je n’avais pas encore joué pour une soirée Walden, j’avais déjà l’impression de faire un peu partie de cette « famille ». Nesles est un acteur passionné et activiste de cette scène, et j’ai été très heureuse qu’il me propose de jouer pour le Festival. Il crée des opportunités, fait jouer des artistes. La notion de scène est plus présente je trouve dans d’autres genres musicaux, le punk ou le noise par exemple, où j’allais beaucoup avant. Je trouve que Nesles a cette même démarche : essayer de créer une scène. À nous de prolonger cette dynamique.

Tu vas partager la scène avec des artistes aux univers parfois éloignés, cette mixité, cette multi-culturalité te plait ? J’imagine qu’il est toujours intéressant de se confronter à d’autres artistes aux projets différents ?

Oui bien sûr, surtout sur des plateaux à trois ou quatre artistes, c’est important de mêler les genres. Il y a certains groupes ou projets que je connais déjà dans le festival, mais il y en a d’autres que j’ai hâte de découvrir. De plus, depuis quelques années il y a énormément d’artistes qui chantent en français, et c’est génial de voir toute cette nouvelle scène s’approprier ou se réapproprier cette langue.

Pour la plupart d’entre vous la pratique de la scène est épisodique, faute de dates : tu arrives quand même à enchainer les dates depuis la sortie de ton EP ?

Je dois dire que pour ma part j’ai plutôt de la chance, car depuis la sortie de l’EP, on me propose régulièrement des dates. Je commence à faire de chouettes premières parties aussi, en dehors de Paris, comme le 9 novembre prochain celle de Mathieu Boogaerts à Châteauroux. C’est d’ailleurs mon envie pour les temps à venir, jouer le plus possible en dehors de Paris, rencontrer d’autres publics.

Comment préparer un set dans ces conditions : tu as tendance à vouloir répéter une set list ou au contraire changer, tester, essayer des choses ? Par exemple as-tu déjà une idée précise de ce que tu veux faire pour ce Festival ? Tu joueras seule ? Tu as des nouveaux titres à jouer ?

Oui je jouerai seule. C’est la forme que je préfère, celle qui défend le mieux mon projet. Il y a une forme de laboratoire, de recherche dans ma musique que je reproduis sur scène. J’aime bien suggérer la manière dont les morceaux prennent corps, et le fait d’être dans une forme assez minimaliste me le permet.

Je ne sais pas encore tout à fait quels morceaux je jouerai. J’ai pas mal retravaillé mes premiers morceaux ces derniers temps, mais il y a aussi de nouveaux morceaux que je n’ai pas trop donné à entendre, et que j’ai envie de jouer. Donc je vais réfléchir à tout ça !

Le Festival rassemble des artistes qui chantent en français, quel est ton rapport à ta langue maternelle ? Tu as déjà chanté en anglais ou en italien par exemple ?

En espagnol ! Pendant quelque temps, je faisais une reprise de Quimey Neuquen de José Larralde, un chanteur argentin. J’avais découvert cette chanson par le remix qu’en avait fait le collectif argentin Chancha via Circuito. C’est une chanson folk des années 60 qui parle des amérindiens tehuelches et de leur rapport à la terre dans une évocation poétique, rêvée. Forcément, ça m’a parlé ! Je la chantais a cappella avec juste une petite rythmique enregistrée au shaker.

Sinon, je chantais un peu en anglais au début, mais très vite j’ai arrêté. C’est bien plus excitant de chanter en français, de jouer avec les mots, de rechercher les images. C’est quelque chose que je ne peux pas faire en anglais.

Quels sont tes projets à venir ? Un nouvel EP, un album ?

Je suis en train de maquetter de nouvelles chansons, dont certaines que je joue déjà sur scène. Je ne sais pas encore quelle forme cela prendra, sans doute un second EP pour cet automne.

Et puis on prépare aussi avec Marine Longuet, la réalisatrice du clip de Encore, un film sur la boule à facette ! J’adore les boules à facette, pour tout ce qu’elles représentent, l’évasion, la fête, le fait de tourner sans fin… et puis leur côté artisanal, leur simplicité.

Enfin, pour clore le cycle de Oiseau, mon premier disque, on est en train de travailler sur une déambulation sonore et visuelle à Paris, pour la rentrée. Cette déambulation donnera accès à des éléments de mon univers – des textes, des images et des audios inédits – autour de chacune des chansons de l’EP. Je vous en dirai plus un peu plus tard !

Quel titre as-tu sélectionné pour la compilation du Festival ? Pourquoi ?

J’ai proposé le titre Encore, qui est le premier titre que j’ai sorti, et qui ouvre mon premier EP Oiseau. Il n’était pas encore présent sur une compilation, à l’inverse de Dolls ou Moissonner. Et j’aime bien l’idée que l’on me découvre par cette chanson-là. C’est une chanson fondatrice pour moi, qui s’est construite autour d’une boucle de guitare mêlée à des bruits d’oiseaux enregistrés au Brésil, et qui se termine par des bruits de métro à HongKong. Quand je travaillais dans la lumière, je partais en tournée très loin comme ça, et j’en ramenais des enregistrements de bruits et d’ambiance. Je les utilise maintenant dans mes chansons, en les traitant comme de la matière musicale, tout comme la voix, la guitare, les synthés… Encore synthétise l’endroit où j’ai envie de placer la chanson : entre minimalisme, électronique, expérimentations sonores, poésie…

Des récentes découvertes, des coups de cœur du moment ? Musique, poésie, cinéma, …

J’ai été très impressionnée par les BD de Donatien Mary, Que la bête fleurisse, ou tout récemment Le premier bal d’Emma. La première est faite entièrement en eaux-fortes, une technique de gravure. Les dessins sont impressionnants, et l’univers qu’il met est place est fascinant. J’aime beaucoup la gravure, l’oiseau sur la pochette de Oiseau en est une, gravée sur lino.

Côté musique, je ne me lasse pas de Michelle Gurevich, anciennement Chinawoman, qui a sorti son quatrième album récemment. J’adore ses chansons et sa gravité décalée, qui vacille entre l’humour et un désespoir profond.

Et puis dernièrement, j’ai lu Le chant des pistes de Bruce Chatwin, qui raconte comment les aborigènes chantaient leur terre. Ces chants décrivait la terre géographiquement, permettant de se repérer dans le désert, et contenaient les récits des origines, que les aborigènes se transmettaient ainsi. J’aimerais bien en faire une chanson.

Merci Gisèle !


© Matthieu Dufour


Gisèle Pape jouera au Festival Walden le samedi 1er juillet à Petit Bain avec Weli Noël, Maud Lübeck et Xavier Plumas