Emmanuel Tellier : La disparition d’Everett Ruess – Voyage dans l’Amérique des ombres.

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Emmanuel Tellier © Matthieu Dufour

Après avoir poussé au surendettement toute une génération en lui donnant envie de découvrir des artistes et des albums (devenus cultes pour nombre d’entre eux) qu’il chroniquait avec élégance et passion dans Les Inrocks (canal historique), Emmanuel Tellier pourrait bien être à l’origine d’une jolie « ruessmania » d’ici quelques semaines.

Le journaliste ajoute en effet une corde à son arc déjà bien équipé (grand reporter à Télérama, auteur, compositeur, interprète – Chelsea, Melville, La Guardia, 49 Swimming Pools), avec la réalisation de ce passionnant documentaire consacré à Everett Ruess, jeune artiste et aventurier américain disparu à l’aube de ses vingt ans dans l’Utah en 1934. Meurtre ? Accident ? Disparition volontaire. Le mystère reste à ce jour entier.

En découvrant le destin singulier et la courte vie bien remplie de cet esprit libre, on comprend vite ce qui a intrigué Tellier. Au-delà de la dimension éminemment romanesque et mystérieuse de cette histoire, sa modernité et son actualité sont frappantes. Pour ce journaliste passionné du continent américain, pour cet observateur avisé des excès dont l’Homme est capable, Everett Ruess est aussi un symbole ; sa vie intense est l’image de ces vastes étendues, aussi magnifiques qu’effrayantes, aussi fascinantes qu’inquiétantes. Poète, illustrateur, vagabond, arpentant sans relâche l’envers du rêve américain, allant à la rencontre des natifs, Ruess pourrait à lui seul représenter la liberté si chère à ces terres et une forme de résistance à la tentation du protectionnisme, d’opposition à la politique du bouc-émissaire. Le goût des autres contre le repli sur soi. La fusion avec la nature plutôt que sa méthodique destruction. Les frontières naturelles et ouvertes contre les murs. Le droit à la marginalité. Et surtout un appétit insatiable de la vie et de la découverte.

Pendant quatre ans de recherches sur les traces de ce jeune homme disparu sans en laisser (ou très peu), Emmanuel Tellier a rencontré tous ceux qui, sur place, se sont pris de passion pour cette histoire (notamment le génial libraire Ken Sanders). Le journaliste a également épluché l’abondante correspondance du poète avec sa famille. Quatre ans de rencontres, d’interviews, de lectures, de séjours sur les lieux de la disparition. Il en ramène des images magnifiques et des témoignages captivants. Le tout étant accompagné d’une superbe bande originale à la hauteur du projet.

Emmanuel Tellier présentera pour la toute première fois son film vendredi 18 février au Musée du Jeu de Paume dans le cadre de l’exposition consacrée à Dorothea Lange (que Ruess a fréquenté à San Francisco). Cette projection sera suivie par de nombreuses autres, par des concerts, des échanges, … j’y reviendrai prochainement (le 104, Mona Bismarck American Center)


La disparition d'Everett Ruess

© Pascal Blua


Pour en savoir plus sur ce projet, un site vient d’être mis en ligne et c’est ici : La disparition d’Everett Ruess. Vous pourrez appréhender l’esprit de ce projet hors norme, à l’image de celui qui l’a inspiré. Un teaser du film est présenté ainsi qu’un extrait d’un double album à sortir le 8 mars chez la toute nouvelle Maison de musique December Square. Not coming home, ressuscite l’espace de quelques minutes sublimes la beauté flamboyante de Ruess. La voix de Tellier, grave, chaude, touchante au plus haut point dialogue avec celle non moins émouvante de Cassandre Berger dans un duo beau à chialer. Le chanteur s’accompagne au piano, épaulé par Olivier Libaux à la guitare et un quatuor à cordes. C’est tout simplement somptueux.

Vivement la suite.


© Matthieu Dufour


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