Studio Electrophonique – Happier Things.



© Artwork by Pascal Blua


James Leesley, aka Studio Electrophonique, avait mis beaucoup de monde d’accord avec Buxton Palace Hotel, son précédent disque sorti en 2019 chez Violette Records. Six titres seulement, mais six titres à l’évidence foudroyante et complice, six mélodies de poche comme des ritournelles déposées au seuil de nos oreilles écœurchées, six chansons où l’intime du chanteur tutoyait spontanément le nôtre, six morceaux à la grâce immédiate et intemporelle, six miniatures à la sobriété intense et lumineuse. Tombé pour Sheffield, Étienne Daho avait même proposé à l’artiste la première partie de son Eden Daho Tour à L’Olympia, pendant que son disque rejoignait d’autres vinyles de chevet chez de nombreux membres de l’ISS (International Spleen Syndicate). J’étais alors loin d’imaginer que Studio Electrophonique pourrait aller plus loin dans l’épure et pourtant…

Le voilà de retour (toujours chez les franco-britanniques de Violette, sortie le 11 février) avec cinq morceaux sans artifices, sans rien de superflu. Cinq compositions à l’os. Cinq chapelles funéraires dédiées aux amours mortes et à celles qui leur succèderont. De l’addictif Happier Things (single et clip le 14 janvier) au crépusculaire et quasi-mystique All-Time Biggest Fans, James Leesley fait encore plus avec encore moins. Concentrée sur l’émotion pure et des mélodies déchirantes, sa voix susurre les mots universels du chagrin retrouvé et des âmes en peine. En apesanteur dans l’air incertain de ce début d’année, elle murmure entre deux espoirs ténus des incantations minimalistes comme autant de suppliques nocturnes adressées à l’aimée échappée. Même s’il connait la réponse, James demande au milieu des ténèbres Can’t You Just Want Me? Il revient sur hier, s’en veut, si seulement je t’avais aimé un peu moins, puis se prend à espérer, parce qu’il n’y a que cela à faire sous la lune fissurée.

Happier Things donc. Cinq chansons d’amour à la mélancolie naïve, cinq mélodies en équilibre sur le tranchant du vide, cinq cris étouffés par l’obscurité bienveillante, cinq prières cathartiques d’un cœur sans tête, d’un corps girouette, défait, errant à l’amble dans la nuit vaine et les rues humides. Cinq déclarations à bout de souffle dans le reflux ambré d’une passion éventrée. Cinq face-à-face avec nos propres fantômes. Comme pour mieux affronter l’aube approchante.

Avec ce nouveau disque, Studio Electrophonique défie les cyniques et les autres empêcheurs de pleurer en rond.

Pur et bouleversant.


© Matthieu Dufour