Lonny – Ex-voto.


Lonny – Ex-voto – Horizon Musiques © Illustration by Brian McHenry & Artwork par Pascal Blua

La jouer comme Lonny, solo, au fil de l’eau. L’espace d’un instant, s’extraire du chaos du monde et de l’enfer des autres. Une fugue, pas une fuite. Le temps de se recomposer pour mieux les affronter, plus tard. Une parenthèse enfantée par les amours déchues des enfants gâtés. Une échappée d’ailes, un ex-il. S’isoler du bruit et de la fureur, s’éloigner des donneurs de leçons et des vendeurs de frissons. Se cacher dans les dunes pour lécher ses plaies salées, loin du halo brillant des sanglots évaporés. Pour mieux revenir une autre fois, débarrassé des ires et autres tumeurs ancestrales, le goût du désir enfin ressuscité. Quand il fera jour. A marée haute.

Prendre la route au son des lumineuses mélopées de Lonny, de cette musique qui semble déjà si familière, si bienveillante. Cette vaste contrée folk dont elle a redessiné les frontières de sa plume de songwritter délicate. Marcher aussi loin qu’il faudra, le cœur en bandoulière, l’envie en berne mais les sens en éveil. Accompagné par cette voix légèrement brisée, écho troublant de fêlures intimes. Trouver ses chemins au milieu des herbes folles et des fausses pistes. Aller jusqu’à la fin du monde, ce bout de taire en bord de mer. S’assoir sur le sable, fixer l’infini, les yeux clos. Faire le plein de vide. Prendre l’eau, prendre la mer, ferme. Embarquer à bord de son propre corps avec ses peurs enfantines et ses espoirs souillés pour seuls bagages. Désaccordé. Chavirer quelque part entre l’estuaire des larmes et l’horizon sur pilotis. Là, au milieu du triangle de l’hébétude, perdre pied, laisser la mer faire son œuvre. Ne pas résister aux appels des murènes et des ondes vagabondes. Se laisser griser par la liesse des profondeurs. Plonger sous sa chair brûlée, se réfugier dans son (château) for intérieur. Dans les veines, le flux et le reflux, les sentiments et les ressentiments. Toucher le fond. Là, dans les abysses de l’amère morte, troquer les ouragans terrestres pour des tempêtes ‘marintimes’ et s’aimer à nouveau, en apnée. À contre-courant, reprendre langue avec les mots maternels, redécouvrir les mille et une nuances de ceux du désamour. Le corps léger, se laisser porter. Refaire surface. Renaitre. Réapparaitre à la vie, à l’envie. De soi, des autres.

La musique de Lonny, comme une respiration enfin apprivoisée, l’acceptation d’une forme de lenteur salutaire. Ex-voto, comme une île où il fait bon perdre la notion du tant au son de cette voix grave et vénéneuse. La musique de Lonny, comme un asile de flou où il fait bon s’épancher entre convalescents au coucher du soleil. Ex-voto, comme une camisole aquatique pour les âmes ultra-sensibles et les cœurs extra-lucides. La musique de Lonny, comme un complice apaisé pour les aubes solitaires. Ex-voto, onze prières exaucées au détour de nos archipels intérieurs. Onze grâces naviguant à la recherche d’un nouvel émoi. Onze vœux déposés sur les berges de nos fleuves intimes. Ex-voto, onze promesses offertes à ceux qui veulent y croire.

« La mélancolie n’est que de la ferveur retombée » écrivait Gide dans Les Nourritures terrestres. Avec ce premier album, Lonny nous prouve que c’est quand même un peu plus que cela : un souffle de vie…


© Matthieu Dufour


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