Lonny – Incandescente.


Incandescente (adjectif) : qui a été portée au blanc lumineux ou au rouge vif par une température élevée.

Incandescente, elle l’est depuis longtemps déjà Lonny. Depuis ses premières mélodies, depuis ses premiers pas sur scène. Alone ou accompagnée, elle irradie. Le feu et les notes brûlaient déjà en elle à l’époque où elle accolait une montagne à sa solitude. Il y a des artistes qui sont ainsi. Ils ont ça en eux. Cette essence, cette lumière. Même chahutés par la vie, même emportés par le vent du chaos (qu’il souffle tout autour d’eux ou qu’il tourbillonne au plus profond de leur être pour tenter d’asphyxier leur coeur de porcelaine), la lumière ne s’éteint jamais, jamais la cendre ne parvient à étouffer la braise résistante.

Mais parfois ils se replient. Par nécessité, par envie. Ils se retirent, du brouhaha, du monde, en eux, ils se retirent en poésie. Ils essayent d’oublier les ténèbres quelques instants, ils plongent à la recherche de la flamme égarée mais encore vibrante, ils descendent, parfois très loin pour souffler sur ces éclats rougeoyants, ils disparaissent pour mieux revenir. Lumineux comme jamais, délestés de quelques maux couchés sur le papier jauni par les flammes. Et ils remontent alors en selle, en scène, à la surface pour éclairer nos quotidiens de larmes et de doute.

Lonny n’est plus accompagnée de sa montagne, elle chante en français, la beauté de son âme toujours en bandoulière et elle n’a rien perdu de son aura. Si la lumière qui irradie autour de cette mélodie renversante semble plus douce, plus apaisée, il ne faut pas douter de sa détermination, de sa force, de ses envies. Le feu est bien là, toujours en elle et déploie en nous mille et uns vertiges de grâce et d’apaisement. Le folk aussi est toujours là, mais il a mûri pendant sa retraite loin de nos rivages. Sur des terres qui lui sont familières il a accepté son métissage, ses voix intérieures. Il s’est ouvert et assume désormais les nuances et l’évidence d’une chanson française haut de gamme, soignée, écrite et composée avec la ferveur d’une artisane tout à son art et à son oeuvre.

Dire que cette chanson dans le contexte actuel est un cadeau relève de l’euphémisme. Je pencherais plutôt pour bénédiction si mon athéisme me l’autorisait. Car malgré mon peu de foi, ce titre me donne envie de croire en l’instant présent, et c’est déjà beaucoup. Sa mélodie irrésistible me donne envie de croire que demain sera encore possible. Malgré tout. En l’écoutant un peu chaque jour, il me mènera surement jusqu’à la sortie dans quelques semaines d’un album qui s’annonce sublime.

Et ce sera toujours ça de pris sur la laideur…


© Matthieu Dufour