Veillée d’âmes – Lonny aux Trois Baudets.

Il y avait surement plein d’autres façons d’entrer en confinement : avaler des doubles gin tonic avec un pote dans un pub jusqu’au couvre-feu, partir pour une grande balade de trois heures dans un Paris sous tension, aller acheter des tonnes de livres. Mais le faire avec les superbes compositions de Lonny pour un dernier concert gorgé d’émotion aux Trois Baudets fait surement partie des meilleures options possibles.

Après un si beau moment, le mépris que subit le monde culturel parait d’autant plus incompréhensible et scandaleux. Quand il s’élève aussi haut, l’art est évidemment essentiel, vital. La magnifique prestation de ce soir m’accompagnera pendant ces longues semaines, cette parenthèse envoutante sera à la fois un souvenir des jours heureux et une promesse de lendemains qui chantent, ce halo au milieu des ténèbres pré-halloweenesques illuminera mes insomnuits confinées.

Si le talent de Louise n’a jamais trop fait de doute, l’envergure prise par l’artiste ces derniers mois est incroyable. Non seulement ses nouvelles chansons sont superbement écrites (planant souvent bien au-dessus du tout-venant poético-nombriliste habituel), mais sa présence, son aura semblent encore plus fortes, plus évidentes. Habitée par son art, portée par un souffle qui vient de ses profondeurs, elle se promène avec une aisance fascinante dans une gamme d’émotions qui emprunte aussi bien aux mythiques folkeuses américaines, qu’à la grande période de Françoise Hardy ou à l’intensité électrique d’une PJ Harvey, pour créer une musique personnelle singulièrement touchante. Semblant maitriser sa partition à la perfection, elle n’a jamais besoin d’en faire trop ou de recourir à des artifices tant son interprétation est juste, sobre et intense. Lonny est, Lonny joue, Lonny chante, elle nous embarque dans son trip hypnotique, nous chope par les tripes et nous laisse sonnés après 45 minutes d’une si précieuse veillée d’âmes.

Le souffle court.

Le coeur battant.

L’âme en feu.

En vie.

Et déjà en manque…


© Matthieu Dufour