Interview – Christophe Esnault & Lionel Fondeville (Le Manque).

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LE NOM ON EN PARLE ? VOUS MANQUEZ DE QUOI À UNE ÉPOQUE OÙ ON A TOUT ? D’AMOUR ? DE SENS ?

CHRISTOPHE : Références à un livre de Sarah Kane, à une chanson de Léo Ferré, au désir en psychanalyse… Notre nom de groupe s’est vraiment imposé. Ce dont je manque : du don de l’effacement.

LIONEL : Cinq minutes de discussion dans un bar, autour d’un café, et l’affaire était pliée. Le manque est ce qui me manque le plus.

VOUS NE TROUVEZ PAS QUE L’ÉPOQUE MANQUE DE FANTAISIE 

CHRISTOPHE : On peut réécouter Fantaisie militaire de Bashung, non ?

LIONEL :  La fantaisie est devenue la norme, le dogme. Un pétomane, c’est hilarant. Dix millions de pétomanes qui défilent toute l’année à la télé ou sur Internet, c’est la tyrannie.

VOUS MANQUIEZ DE PLACE DANS UN FORMAT PLUS CLASSIQUE CHANSON/POP ?

CHRISTOPHE : Pas de format, ni forme, mais peut-être un truc en pâte à modeler à la personnalité labile…

LIONEL : Toutes nos chansons sont des tentatives de chef-d’œuvre pop. On rate notre coup à chaque fois, c’est tout. Ou bien on abandonne en cours de route, et on laisse la chanson inachevée. Et elle nous plaît comme ça.

EN TOUT CAS VOUS NE MANQUEZ PAS D’IDÉES : QUELLE EST L’INTENTION, L’ENVIE DE DÉPART ?

CHRISTOPHE : L’intention de départ, c’était de me trouver une nana grâce à la voix de Lionel et à son génie pour les compos.

LIONEL :  Cet objectif a été largement atteint, mais tout est à recommencer aujourd’hui.

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VOUS NE MANQUEZ PAS D’HUMOUR, VOUS VOUS SENTEZ PROCHE D’UNE TRADITION FRANÇAISE QUI IRAIT, METTONS, DE BOURVIL OU RAY VENTURA À DUTRONC EN PASSANT PAR VASSILIU ?

CHRISTOPHE : Plutôt Hara-Kiri et Buster Keaton…

LIONEL : J’ai écouté les chansons de ces artistes, comme tout le monde. Je les écoute encore, d’ailleurs. Mais j’ai écouté aussi Moondog, Kurt Schwitters, the Residents, Ween, Art Ensemble of Chicago, et ils se sont tous contaminés dans ma tête.

PARFOIS ON MANQUE UN PEU DE REPÈRES POUR SUIVRE VOTRE FIL, MAIS JE SUPPOSE QUE VOUS SAVEZ OÙ VOUS ALLEZ ? C’EST QUELQUE CHOSE DE PLANIFIÉ, D’ÉCRIT À L’AVANCE OU ÇA VIENT AU FUR ET À MESURE ?

CHRISTOPHE : Les textes sont parfois très travaillés, pour les clips, on filme avec juste un embryon d’idée et on se met en situation propice pour que survienne un accident qui sera la meilleure scène du film.

LIONEL : Style, références, concept, cohérence apparaîtront à la fin. Sauf si on signe un contrat avec une maison de disques, et alors là ils nous trouveront une cohérence vite fait bien fait à coups de tronçonneuse.

VOUS NE MANQUEZ PAS D’AIR AU NIVEAU DES TITRES : JE SUIS TRÈS FAN. ÇA VOUS VIENT FACILEMENT ?

CHRISTOPHE : Trouver un titre qui arrache tout c’est déjà faire les 3/4 du boulot.

LIONEL : « Vous ne manquez pas d’air au niveau des titres », « Je suis très fan », et « Ça vous vient facilement ? » sont les titres de nos trois prochaines chansons.

VOTRE TRAVAIL NE MANQUE PAS DE POÉSIE NON PLUS : QUELS SONT LES AUTEURS QUI VOUS TOUCHENT, VOUS INSPIRENT ?

CHRISTOPHE : Ghérasim Luca, Marina Tsvetaïeva et des centaines d’autres…

LIONEL : Daniil Harms, Jean-Pierre Brisset, Christophe Esnault…

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C’EST COMPLIQUÉ D’ÉMERGER SUR UNE SCÈNE MUSICALE OÙ L’OFFRE EST PLÉTHORIQUE, A FORTIORI QUAND ON MANQUE DE MOYENS, DE MÉDIATISATION : COMMENT VIVEZ-VOUS LA PROMOTION DE VOTRE TRAVAIL ? 

CHRISTOPHE : J’ai récemment envoyé compulsivement 70 mails à tous les médias, webzines, programmateurs de la planète et grâce à ton unique réaction, quinze personnes vont lire cette interview et il y en aura peut-être deux qui iront voir un clip. Et sinon, on va réveiller les journalistes en leur parlant d’eux. La chanson va s’appeler : « Perdre des points de Q.I. en lisant le journal. »

ÇA VOUS MANQUE QUAND VOUS TRAVAILLEZ L’UN SANS L’AUTRE ?

CHRISTOPHE : L’autre n’existe pas si je ne peux pas créer avec lui. Ceux que j’aime doivent intégrer ma mythologie personnelle (mes textes ou les clips).

LIONEL : On fait pas mal de choses l’un sans l’autre, et cela nourrit nos chansons bien sûr.

QUEL EST LE RÉALISATEUR DONT VOUS NE MANQUERIEZ LE NOUVEAU FILM SOUS AUCUN PRÉTEXTE ?

CHRISTOPHE : On bricole nos clips nous-même parce que David Lynch et Lars Von Trier ne nous ont pas encore proposé une collaboration.

LIONEL : Georges Méliès et Bill Viola.

QUEL EST LE CHANTEUR OU LE GROUPE DONT VOUS NE MANQUERIEZ LE NOUVEAU DISQUE SOUS AUCUN PRÉTEXTE ?

CHRISTOPHE : Mendelson, Serge Teyssot-Gay, Jean-Louis Murat, Claude Louis-Combet…

LIONEL : Mendelson, Smog, les chansons françaises du XVIe siècle.

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QU’EST-CE QUI MANQUE AU MANQUE POUR ÊTRE PLEINEMENT HEUREUX AUJOURD’HUI ?

CHRISTOPHE : On a reçu un mail de Laurent qui vit en Suisse et viendra nous voir à Genève où l’on a été invité à jouer fin décembre. Son message suffit à me rendre heureux.

LIONEL : Prendre une bière avec toi à une terrasse ensoleillée au lieu de communiquer par ordinateur.

DE QUOI ÊTES-VOUS SÛRS DE NE JAMAIS MANQUER ?

CHRISTOPHE : De spams, on en reçoit plein dans notre boîte mail.

LIONEL : De textes de chansons : 300 attendent d’être mis en musique.

QUELLE QUESTION MANQUE À CETTE INTERVIEW

CHRISTOPHE : La Grande scène du festival Les Vieilles Charrues, ça ne vous effraie pas un peu ?

LIONEL : Vous permettez que je vous serre dans mes bras ?

J’ESPÈRE QUE VOUS NE MANQUEREZ PAS DE NOUS TENIR AU COURANT DE VOS PROJETS : C’EST QUOI LA SUITE DE L’HISTOIRE ?

CHRISTOPHE : Brice Vincent, le jeune réalisateur qui nous a offert le meilleur (techniquement) de tous nos clips (Vider des poulets) envisage de travailler avec nous sur un court-métrage. On est très emballé par l’idée de faire du Manque un véritable projet cinématographique… Et on cherche des invitations pour la scène, parce que la rencontre, c’est peut-être le truc le plus excitant de l’aventure…

LIONEL : Le 28 décembre, un concert prévu à Genève dans un salon de thé, à l’invitation chaleureuse de l’association La Teuf.

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