À suivre – BBH – Big (EP).

BBH visuel Big

« La vie est un mythe qu’on se raconte à soi-même, puis aux autres, et plus on en parle, plus on y croit. » Comment ne pas être d’accord avec la personne qui se cache derrière cet acronyme BBH (‘’Big Bang Human’’ lit-on sur Youtube…) ? Et en même temps on n’est pas obligé de le croire (« Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité » – Cocteau).

Mais perso ça me parle, j’ai toujours été fasciné par les mythomanes, les mystificateurs, les types comme Gary capable de créer un Ajar, ou les Malraux chez qui on ne sait plus démêler le vrai du faux, de l’exagéré. Alors la grande comédie, la vie, le monde, chacun fait avec les moyens du bord, comme il peut, chacun se débrouille. Certains fuient ou mettent la tête dans le sable pendant que les autres jouent le jeu et y prennent goût. D’autres préfèrent l’imagination, la création pour tenter de trouver des réponses, une vérité ou comme une façon de rajouter une couche de mensonge. Bref comme dirait Daho « Je m’raconte des histoires, à dormir debout, j’suis le premier à tomber dedans ». C’est peut-être d’ailleurs ce qui m’a d’abord accroché à l’écoute de ces 5 titres à la fraicheur intemporelle, à l’immédiate familiarité : cette façon d’exprimer en français, comme d’illustres ainés, les sentiments et les envies qui nous suivent depuis nos premières émotions musicales. Ces souvenirs brouillés, dont on ne sait plus ce qui est réel ou imaginé, ces souvenirs souvent enjolivés, magnifiés à force d’être racontés. Et notamment ces nuits adolescentes et multicolores, tour à tour bleues, électriques, noires et blanches, roses comme la courbe de ses lèvres, grises et brumeuses, rouges comme le sang, oranges amères, ces nuits passées allongé dans le noir, clope au bec, rêvant de partir « Ailleurs », de gagner le Far West avec l’ami fidèle ou n’importe quelle « Terre promise » avec celle qui serait l’élue, ces nuits passées à ne pas dormir, à imaginer notre « Petit monde », ces nuits à cent à l’heure, ces nuits fauves, ces nuits mythiques… Ces nuits qui reviennent régulièrement vous percuter pendant vos nuits d’adulte. Bref…

L’écrin musical composé sur mesure pour ces miniatures rêveuses et bienveillantes est idéal : claviers et machines d’avant mais joyeux et clairs, emballés dans une spontanéité pop et une envie très actuelles, comme l’énergie de la création pour lutter contre la morosité et le pessimisme rampant. Des mélodies tout de suite attachantes, des mélodies qui donnent envie. De se lever, de se bouger, de dire « je t’aime » ou « allez viens, on y va, maintenant ». Il y a quelque chose de ces confidences enthousiastes échangées avec cette fille à la beauté naturelle au bord d‘une plage normande après avoir rallié la côté en pleine nuit sur un coup de tête. De ces rêves partagés et pas si fous, de cette attitude bravache qui ne trompe personne et ne tue pas les doutes, mais fait avancer. L’envie d’une insouciance qui durerait. Il sera bien temps de regarder derrière plus tard. Premier EP d’une série de 3, Big est franchement emballant. Dans ce qu’il qualifie de « chanson-électro ou le contraire » résonne quelque chose d’immédiatement amical et qui fait chaud au cœur. Une modestie qui ne s’embarrasse pas de détails ou de faux-semblants, une énergie douce qui trace sa route. Vivement la suite.

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