Chronique – BBH – Bang & Humain.

Sans titre


On devrait se méfier des types qui préfèrent l’ombre à la lumière, la discrétion à l’ostentation, un acronyme à l’affirmation d’un patronyme : ils nous réservent toujours des surprises. S’ils avancent masqués ce n’est pas par lâcheté ou par honte, mais plutôt par pudeur ou envie de laisser leur œuvre au premier plan, de ne pas la parasiter par une belle ou une grande gueule, un look banal ou un style affirmé. Ils ne nous facilitent pas le travail, nous obligeant à imaginer, fantasmer : et ça ne rate jamais, on part sur de fausses pistes.

« J’ai dans la tête un jongleur,
Il marche au soleil dans une rue dont on ne voit ni les bords ni le bout car la lumière nous brûle
J’ai dans la tête un jongleur,
Et quand il laisse tomber une balle, une fleur pousse.

J’ai la tête vide.
Ce n’est pas vrai, mais si je ferme les yeux et que j’y crois très fort, ça le deviendra peut-être.
Le problème, c’est que je ne sais jamais si le vide est tout noir ou tout blanc.
 

Je voudrais n’avoir rien dans la tête, ce serait pratique pour mon jongleur fleuriste. »

Dès l’attaque de Bang, le nouvel EP de BBH, l’artiste nous prend à contre-pied et s’affranchit déjà des promesses et contours de Big. Car même si en lisant à travers les lignes, on pouvait y déceler quelques zones d’ombres, quelques failles, le premier EP formait un tout assez lumineux, dans une veine pop plutôt entrainante, avec ces envies de voyages, de route, de plage. Les plans séquences étaient le plus souvent tournés à l’extérieur, à l’air libre, cheveux au vent. L’artiste interrogeait le monde, les paysages, les mythes, pour s’y confronter, s’y retrouver, s’y reconnaître ou s’y découvrir. La route semblait tracée. Erreur.

Avec Bang, BBH poursuit son introspection mais au sens propre. Il nous convie à une visite jubilatoire (écoutez bien les textes) des méandres de son crâne, il nous entraine dans un labyrinthe peuplé d’êtres étranges et de pensées paradoxales. Plus sombre, plus accidenté, plus piégeux, parfois surréaliste, ce voyage n’en n’est pas moins passionnant. Navigation onirique sur une coulée de lave mentale, je pénètre avec un mélange de gêne et de jouissance voyeuriste dans les entrailles du « monstre » pour y découvrir un miroir de mes propres obsessions, des catacombes remplies de mes questions sans réponses et de mes inavouables pensées.

« Partagé entre l’envie que ce numéro se termine sous un tonnerre d’applaudissements et l’inavouable espoir de la voir gisant, pâle, inerte, un mince filet rouge le long de sa joue, coule… »

Musicalement, je retrouve tout ce qui m’avait plu dans Big, cette sincérité, cette poésie, cette qualité de composition et d’arrangement, cette voix proche et franche et parfois cette tentation de la danse… BBH continue de creuser son sillon singulier entre chanson et électro-pop mais, comme s’il avait déjà peur de s’embourgeoiser, tente et ose s’aventurer dans de nouvelles tranchées . Parler, chanter, scander, réciter, BBH décline avec bonheur les verbes d’interprétation du premier groupe et démontre une agilité certaine. Ouvrir le champ des possibles.

Avec Humain, l’air se fait moins rare et plus doux, la lumière plus claire, mais les ruptures de rythme et les embardées sont toujours au rendez-vous, au sein d’un même morceau parfois (Contemporain). Entre envie de dance floor (Today), désir de vertiges (Ivoire) et spleen existentiel de fin de soirée (Vie), BBH n’a pas peur de se lancer dans une vibrante plongée romantique (Amour). Il essaye, s’aventure, tourne autour de ses idées, les pousse pour voir ce qu’elles ont dans le ventre. Cet amoureux du Japon sait bien que ce qui compte c’est le chemin, c’est faire, apprendre, pas terminer, prendre le temps de faire les choses, et que la destination importe peu finalement. Seul le voyage qui se prolonge peut remplir nos âmes de plaisirs vrais, simples, durables, apaisants.

Une trilogie aux contours mouvants mais qui forme déjà un univers singulier, dessine la carte de territoires personnels, avec un ton qui se démarque du tout venant musicale souvent répétitif. Un Big Bang Humain finalement familier. C’est probablement aussi ce qui rend ces morceaux si attachants et que je suis déjà impatient de savoir ce que BBH nous réserve à l’avenir.

Matthieu Dufour


Retrouvez la chronique du premier EP de BBH ici : À suivre – BBH – Big (EP).