Interview – A Singer Must Die (A Singer Must Die en Symphonique).

Après une première interview l’année dernière (Interview – Manuel Ferrer – A Singer Must Die), je suis très heureux de retrouver les deux Manuel (Ferrer et Bichon) de A Singer Must Die pour parler de l’événement du 8 avril : concert symphonique avec l’Orchestre de Chambre d’Anjou, et dont Pop, Cultures & Cie est partenaire.

A lire également sur le blog, l’interview exclusive de l’OCA qui livre sa vision de l’événement : Interview – OCA.

Et le premier volet du carnet de bord tenu par le groupe en pleine préparation de cette date exceptionnelle : Carnet de bord – A Singer Must Die en symphonique – 1.


Photo by Jérôme Sevrette

Photo by Jérôme Sevrette


Comment et quand est née l’idée de ce concert avec l’Orchestre de Chambre d’Anjou ?

C’est le genre d’idée folle qui germe au bout d’une longue soirée arrosée (rires) ! Le Grand Théâtre a eu un coup de cœur lors de notre passage en 2013 et nous a invité à faire partie de leur nouvelle saison. Il nous paraissait évident de proposer un concert qui puisse être à la hauteur d’un tel lieu. L’envie de jouer avec un orchestre était dans un coin de notre tête depuis déjà très longtemps, il nous fallait juste trouver la bonne dynamique. Nous avons contacté François Ferchaud, bassoniste, et qui préside l’association de l’orchestre et Pierre-Antoine Marçais, Chef d’orchestre, qui ont été très heureux et rapidement motivés par cette collaboration. C’était inédit pour eux comme pour nous.

Vous aviez des références en tête, des artistes l’ayant fait ?

Je me souviens d’un fabuleux concert de The Divine Comedy. Plus loin, j’ai un très bon souvenir d’une diffusion d’un concert de Perry Blake à la radio, qui jouait également dans une formule avec cordes. J’ai vu des extraits d’un concert de Nick Cave, et je crois que Get Well Soon l’a fait, en tous les cas, ce sont toutes d’excellentes références.

BATaffiche-flyer-rectoGTAComment et quand cela s’est-il concrétisé ? Cela a-t-il été difficile à monter ?

La rencontre avec François et Pierre-Antoine a permis de poser les fondations, on sentait chez eux une volonté d’innover et de proposer quelque chose de différent en terme de collaboration. C’est difficile à construire à tous les niveaux, l’événement est sur scène, mais pas seulement.

On s’est rendu compte qu’on était aussi en train de monter peu à peu tous les aspects organisationnels de la chose. C’est un peu étrange d’organiser son propre concert quasiment de A à Z, surtout à une telle échelle, avec une trentaine d’instrumentistes et une dizaine de techniciens, la recherche de partenaires pour accompagner ce projet, etc. Mais tout se passe encore mieux que nous l’aurions imaginé.

Comment on adapte un album pop à ce format ? Faut-il tout réécrire ? Quelle est la différence principale entre le format pop song sur un disque et sa version live symphonique ?

Le format pop song d’A Singer Must Die sort déjà un peu des schémas avec son côté orchestral. Tout est venu de notre façon « no limit » d’arranger notre dernier album avec des cors, hautbois et cordes. Il faut savoir qu’il nous a fallu ré-adapter certains titres de l’album pour les jouer à 6 en version non symphonique, et essayer de faire en sorte qu’ils sonnent, sans perdre tout ce qu’on avait mis en studio…Ce qui sera inédit lors de ce concert, c’est qu’on pourra entendre jouer certains titres de l’album dans leurs version originale. On y entendra aussi des pièces spécialement créées pour l’occasion.

Quels sont les pièges, les erreurs à éviter ?

Dès que l’on prend le parti d’orchestrer des chansons, on peut facilement tomber dans quelque chose de boursouflé qui ressemble à un énorme gâteau indigeste…C’est un équilibre à trouver pour que chaque instrument ou section trouvent leur place. Je m’ennuie très vite en musique si toutes les dix secondes, je n’entends pas de surprise. A tel point que je n’ai pas voulu tout écouter de la manière dont Manuel allait réorchestrer les titres, ou transposer certains instruments. Ça participe aussi de l’excitation à redécouvrir nos propres chansons.

Comment se passe le travail, la collaboration avec l’OCA ?

MB : C’est une collaboration très enrichissante, Pierre-Antoine m’apporte son expérience, me conseille dans certains choix comme des parties dont il est préférable de modifier l’octave et de nombreuses autres choses. La première lecture de l’orchestre a été fabuleuse à vivre; j’ai pu voir Pierre-Antoine diriger comme s’il avait fait toutes les partitions lui-même, il a cerné sans aucune difficulté notre musique comme s’il en avait été un des instigateurs.

MF : En dehors des séances de travail, on a pu échanger un peu sur la musique romantique, baroque, et chose peut-être plus inattendue, sur certains compositeurs comme Bernard Herrmann. Une nouvelle introduction composée par Manuel me renvoyait étrangement dans une ambiance proche de certains films d’Hitchcock. Ça créait d’emblée une jolie passerelle de repères avec François, qui avait justement travaillé sur le compositeur dans son parcours de musicien.

A quelques semaines du concert est-ce que la pression commence à monter ? Vous stressez ?

On stresse pour beaucoup de choses en fait, l’aspect technique, logistique et sa lourdeur sont assez pesantes au quotidien. On a vraiment la chance d’être merveilleusement entouré par des professionnels embarqués dans l’aventure, des amis, des connaissances qui feront partie de l’encadrement du concert. C’est le genre d’événement où il faut savoir s’entourer sans quoi ça peut vite devenir ingérable…Il y a aussi la pression de la visibilité de l’événement, la communication, les partenariats, on a reçu de beaux soutiens dont nous sommes très fiers. Nous avons beaucoup de chance de bénéficier d’accompagnements forts, notamment celui de l’Université d’Angers.

Vous allez jouer l’album, des nouveaux titres, des anciens, des reprises ?

L’album sera joué dans son intégralité, il y aura également une très belle part réservée à des nouveaux titres. Des reprises ? Nous n’en avons jamais faite jusqu’à présent, ce serait sans doute une belle occasion de reprendre un classique de la pop…

Comment vous est venue l’idée d’inviter Kramies ?

Ça me paraissait à la fois totalement irréalisable mais aussi très évident. Je me souviens très bien avoir dit à Kramies il y a quelques années « Il faut absolument qu’on trouve le moyen de jouer ensemble. » Ce sera une belle rencontre, j’ai hâte de l’accueillir toute une semaine à Angers. Comme il le dit lui-même, nous sommes comme deux vieux amis qui ne se seraient encore jamais rencontrés. 

Un mot sur sa musique

C’est admirable. Il y a dans sa musique une forme de recherche d’innocence qui ne peut plus faire marche arrière, alors il prend son envol. Un titre comme « The Fate That Never Favored Us » est bouleversant.


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Un mot sur le cadre, le décor assez somptueux…

C’est un magnifique théâtre à l’Italienne du XVIII ème et c’est un vrai privilège de pouvoir nous y produire. L’endroit est déjà « habité » et j’avais été très ému de voir dans les étages un panneau sur lequel sont photographiés certains artistes qui ont foulé les lieux depuis les années 50, comme la chanteuse Barbara.

Autour du concert au GTA, il y aura quelques show-cases je crois ?

Oui, il y a 3 autres rendez-vous autour de cette date, c’est une semaine qui va permettre tout un tas de rencontres, je l’espère. Un premier show-case à la Fnac d’Angers le 1er avril, nous y jouerons en trio. Un deuxième le 7 avril cette fois accompagnés de Kramies, pendant que le plateau du Grand Théâtre sera en pleine préparation. Et un rendez-vous en concert intime au Joker’s Pub à Angers le 10 avril, toujours avec Kramies et cette fois notre vidéaste commun Suttieslea, qui est aussi songwriter, et qui nous rejoint dans une formule qui fera la part belle aux partages, aux surprises, avec des invités. Une approche qui sera évidemment bien différente de l’expérience vécue deux jours auparavant. Et le samedi 11, Kramies repart pour une journée à Paris pour l’enregistrement de sessions vidéos et d’interviews sur des webzines.

Vous voyez cela comme une chose à faire une fois, ou vous envisagez de renouveler par la suite ?

Ah, on touche là un point sensible…L’une des musiciennes de l’orchestre m’a fait cette même remarque « On ne jouera dans cette formule qu’une seule fois ? Je vis en Belgique et je vais voir s’il y a des opportunités là-bas ». C’est une telle somme de travail, et particulièrement pour Manuel dans la réécriture, qu’on peut considérer qu’après le concert du 8 avril, tout est prêt pour être transposé sur d’autres plateaux, dans d’autres villes. Bon, désormais, je me méfie de ce que j’avance, car tout s’est réalisé…je pensais en 2013 qu’on ne rejouerait pas de sitôt au Grand Théâtre d’Angers, nous avions dit il y a un an dans un entretien qu’il serait génial un jour de jouer en version symphonique, en étant conscient que ce serait une chose totalement irréalisable. Désormais, je vais me lancer dans les choses les plus farfelues de sorte qu’elles arrivent (rires)…Si ce concert particulier pouvait être amené à tourner dans plusieurs villes, ce serait évidemment fantastique ! Voilà, c’est dit.

Un mot sur le « voyage » de l’album auprès des auditeurs, vous avez des retours, il fait son chemin ?

Ceux qui ont eu l’album entre les mains nous ont fait des retours au centuple. Je m’étonne toujours de savoir que nos chansons ont pu toucher aussi profondément certaines personnes, même si elles sont peu nombreuses. On a fait ces chansons sans s’arrêter en chemin, en ayant le sentiment de les pousser jusqu’au bout, je ne sais pas faire autrement. Tout le processus des arrangements n’a été nourri que par ce besoin-là. Je disais à Manuel : « c’est bien…mais ça ne va pas assez loin. Vas-y franchement, si cette chanson impose une ambiance à la Mary Poppins, allons-y ! » Progressivement, Manu me faisait écouter des titres qu’il travaillait seul dans son studio, et qui étaient si aboutis à l’écoute que je stoppais net toute avancée : « Ne touche plus à rien surtout, c’est parfait. » Passée la satisfaction de deux jours et sur laquelle on s’était entendu, il me fait écouter à nouveau ce même titre en me prévenant : « J’y ai retouché finalement, et j’ai tout renversé ». Et la version qui avait si peu à voir avec l’originale était encore bien meilleure ! Alors voilà, on fait un album qui n’est jamais complètement terminé, et il faut bien se faire à cette idée. La scène permet entre autres de sortir un peu de cet état d’objet figé qui peut être effrayant, les chansons sont arrangées différemment et peuvent prendre d’autres chemins.

D’autres concerts prévus ?

Quelques dates en Angleterre en mai, à l’invitation du groupe Band Of Holy Joy, ce sera de magnifiques retrouvailles, et puis d’autres dates en France, on l’espère.

Et la suite, vous êtes déjà sur un futur album ?

On pense déjà à l’enregistrement des nouvelles chansons, tout un tas de maquettes n’attendent plus que les textes, on a largement de quoi faire un prochain album. Il faut que je trouve un peu de temps pour écrire.

Merci !