Interview – Orchestre de Chambre d’Anjou (A Singer Must Die en Symphonique).

Après l’interview du groupe, voici maintenant la vision de leur partenaire symphonique sur cet événement : l’Orchestre de Chambre d’Anjou.


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Pierre-Antoine Marçais, Chef d’orchestre – OCA

Quelle a été votre réaction quand ASMD est venu vous trouver avec cette idée de concert symphonique ?

Nous avons tout d’abord été très surpris par cette demande. En effet, cela nous est assez inhabituel. Nous avons rencontré Manuel Bichon et Manuel Ferrer avec les membres du bureau de l’OCA. Lorsqu’ils nous ont expliqué leur idée de projet, nous avons tout de suite été conquis par cette idée. En effet, la thématique de notre saison musicale que nous étions en train de mettre en place est « le classique innovant ». Ce projet arrivait donc à point pour nous. En accord avec les valeurs de l’orchestre et de l’association, c’est donc avec plaisir que nous avons accepté et commencé à travailler sur cet évènement.

Vous avez une grande culture pop ? C’est une musique que vous écoutez, que vous appréciez ?

Je ne peux pas dire que j’ai une grande culture pop. Mon métier exige que je passe des heures à écouter le répertoire classique. Mais j’essaye de me tenir au courant de tout ce qui se passe dans le monde de la musique. J’essaye d’écouter de tout et donc de la pop. En ce moment, mes références sont le pop-rock de Alt-j, la musique folk de Moriarty, mais aussi de la pop avec des touches de classique avec Agnès Obel et des compositions plus électroniques avec Sylvan Esso et Ibeyi. Bref des choses très éclectique et bien évidemment A Singer Must Die qui est devenu ma nouvelle référence de la pop !

Quel regard portez vous sur leur musique, leur album ?

La réponse pourrait paraître banale et déjà entendue une centaine de fois mais elle n’en reste pourtant pas moins vraie. Plongé entre les symphonies de Beethoven et les opéras de Puccini, je ne connaissais pas jusqu’il y a quelques mois le groupe A Singer Must Die. C’est donc avec une oreille la plus innocente que j’ai écouté pour la première fois leur dernier album Venus Parade. Après les premiers accords d’Opening night, titre qui porte si bien son nom, je me suis tout de suite trouvé transporté dans leur univers sonore. La première chose qui m’a marqué, c’est leur créativité. Mélange entre le rêve (A Right Arm Beyond Love), la mélancolie (By the Dawn of Monday) et même un certain coté psychédélique (The Sordid Tango), cette musique a toujours une force entraînante qui nous emmène dans différents mondes à chaque titre. La deuxième point qui m’a beaucoup plu est l’attention qui a été portée à l’écriture de leur composition. Il y a toujours une richesse mélodique, harmonique ou rythmique qui caractérise leurs morceaux et qui donne son originalité à la musique, loin de certains styles musicaux trop médiatisés. Il y aurait encore plein de choses à dire sur ce groupe aux idées musicales multiples mais peut-être la plus importante pour des musiciens est qu’on aime écouter leur musique et surtout la réécouter.

Comment se passe la collaboration avec le groupe, la préparation du concert, quelles sont les différentes étapes ?

L’orchestre, c’est un peu comme la grand-mère des groupes de musique. Comme souvent avec les personnes âgées, elle a ses manies, ses habitudes, qui sont parfois difficiles à changer. L’orchestre c’est aussi une sorte de micro-société avec des personnes aux personnalités diverses et contrastées qui ne doivent faire plus qu’un pour la musique. La première étape est donc d’abord un duo, le compositeur et le chef d’orchestre, qui discutent et échangent leurs visions sur les arrangements orchestraux (la sonorité, les registres, les passages techniques, etc.…). De ce point de vue, je ne peux que remercier Manuel Bichon qui a su adapter parfaitement ses arrangements à cette vieille machine qu’est l’orchestre.

Ensuite vient le temps des répétitions. La première est une lecture par l’orchestre des partitions pendant laquelle les instrumentistes de l’orchestre découvrent la musique qu’ils auront à interpréter quelques temps après. Encore une fois je tiens à remercier Manuel Ferrer et Manuel Bichon qui sont venus, en acoustique, présenter l’univers sonore de leurs chansons au cours de cette première lecture.

Après, tout s’emballe. C’est le temps des répétitions communes, le groupe A Singer Must Die au complet avec l’orchestre. Il faut caler les interventions orchestrales, gérer les équilibres entre les formations, régler les détails de dernière minute. On apprend à peine à se connaître, à s’écouter, à instaurer une complicité musicale et c’est déjà la Générale du concert où on découvre toute la technique, la sonorisation, les lumières…

Et puis le moment tant attendu arrive : le concert. Celui qui, quelques mois avant, n’était qu’un projet à une terrasse de café et duquel, quelques heures après, on dira « c’est déjà fini », sera l’aboutissement de toute cette belle collaboration et, je l’espère pour tous, un moment inoubliable.

Quelle est la grande différence avec la préparation d’un concert de musique classique ?

On pourrait croire que la différence avec un concert classique est grande mais en fait cela se rapproche d’un des genres musicaux traditionnels de l’orchestre : le concerto. La différence est que le soliste est ici remplacé par un groupe pop ! Comme pour le concerto, l’orchestre a un rôle d’accompagnateur et de dialogue. Certains moments, il est là pour soutenir la mélodie, à d’autres pour lui répondre et même par moments pour animer la vie rythmique de la musique. Il permet par sa complexité de timbres d’apporter des couleurs nouvelles à celui qui l’accompagne.

Évidemment ce qui change, c’est le show en lui-même. Même si le lieu sera pour nous plus habituel, le Grand Théâtre d’Angers, l’orchestre a ses quelques codes de concert qui seront en partie modifiés pour l’occasion. Il y aura aussi les jeux de lumières et la sonorisation peu fréquents dans un concert classique traditionnel. Le public sera lui aussi différent; un des buts de ce concert était aussi de pouvoir faire se rencontrer dans une même salle deux publics différents. Cela risque aussi de changer les « codes de bienséance » du concert traditionnel.

Ce mélange des genres ne serait-il pas à réfléchir pour nos concerts classiques ?

Pourquoi pas.

Quelle sera la composition de l’OCA sur la scène du Grand Théâtre d’Angers ?

Le vœu d’A Singer Must Die était de collaborer avec un orchestre de chambre classique mais avec certaines particularités liées à leur musique. L’orchestre sera donc composé d’une quinzaine de cordes « traditionnelles » (violons, altos, violoncelles) mais sans contrebasse, d’une flûte, de deux hautbois et d’un cor. A cela nous accueillerons pour l’occasion un trompettiste et un percussionniste qui ne font pas partie de l’effectif habituel de l’Orchestre de Chambre d’Anjou. Une vingtaine d’instrumentistes et un chef d’orchestre en plus seront donc sur scène pour la formation classique.

Merci !