Carnet de bord – A Singer Must Die en symphonique – 1.


Premier épisode de ce carnet de bord, Manuel Ferrer et Manuel Bichon nous parlent de leur état d’esprit à moins de deux mois de la date événement et font le point sur les préparatifs de ce concert exceptionnel dont Pop, Cultures & Cie est partenaire.


CARNET DE BORD – ÉPISODE #1


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30 janvier.

Dernière relecture des 20 conducteurs et quelques 180 partitions, après 3 mois complets pour composer, adapter, réarranger, écrire pour l’Orchestre de Chambre d’Anjou, j’en sors soulagé et inquiet à la fois.

Comment vont-ils appréhender ce qui sort de ma tête ? Les partitions seront-elles assez précises ? Bien comprises ? Autant de questions qui trouveront réponses dès la première lecture de l’orchestre prévue début mars. Autant dire que mon impatience est teintée d’une certaine inquiétude. Non…tout va bien se passer !

Venus Parade donne déjà la direction, je ne partais pas d’une page blanche, j’ai pu faire le plus gros travail d’arrangement dès la composition de l’album, pourtant entre le « no limit » d’un studio, d’un album, et un live avec une trentaine de personnes sur scène dont 25 musiciens classiques, la pression est autrement différente. D’ailleurs, plus le 8 avril se rapproche et plus j’en ressens ses effets…

Un soulagement malgré tout, quelques heures, quand toutes ces pages codifiées reviennent à mes oreilles avec l’aide de deux altistes, histoire d’affiner leur lecture. Je les accompagne avec ma guitare, mon corps réagit…vite, passons à la suite !

La suite oui, parlons de la suite.

Manuel Bichon


Photo by Jérôme Sevrette

Photo by Jérôme Sevrette


C’est la semaine des grandes dispersions. Du moins je l’ai cru…

La date du concert symphonique approche à grands pas et ce sont finalement les échanges quotidiens avec Kramies qui m’en font prendre conscience pour de bon. Il prépare son voyage en France, son installation à Angers sur plusieurs jours, il a pris ses billets de train. Il me demande conseil sur les hôtels de la ville, et là, je suis soudain pris de court : je réalise que je n’ai jamais pris de chambre d’hôtel dans ma propre ville.

Cette semaine, j’ai bouclé la lecture du tapuscrit que m’a gentiment envoyé notre ami Jean-Emmanuel Deluxe sur son prochain bouquin, une biographie de Brian Wilson & The Beach Boys. Je suis très fier d’avoir eu cette primeur dont la sortie est prévue courant 2015 chez Actes Sud. Palpitant de bout en bout, en forme de roman, tout y est : la Californie des 60’s, les filles, les milk-shakes, la main lourde du père tyrannique, les distorsions au cœur du groupe, le succès populaire et les multiples occasions manquées, leur musique solaire dans un corps de fêlures, le groupe en phase avec son époque qui en quelques mois ne l’est plus du tout, la période régressive de Wilson en peignoir et burgers devant la télé, les correspondances frappantes avec l’environnement du music-business d’aujourd’hui, … Je lisais, et j’écoutais en même temps les titres dont il était question : je connais peu d’autres musiques pop qui réussissent à me procurer des sentiments aussi diffus, contrastés, où les larmes ne sont jamais très loin. Bouleversant Till I Die dont Brian Wilson dira : « Pendant plusieurs semaines, je me suis battu avec le piano, en expérimentant les rythmes et les changements d’accords. En essayant de reproduire le son du changement des marées de l’océan, ses humeurs et sa totale énormité. Je voulais que la musique reflète la solitude d’un radeau au milieu du Pacifique. Je voulais que chaque note sonne comme si je disparaissais dans l’immensité de l’univers. Till i Die fut ma carte postale à destination du monde extérieur. »

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Cette semaine encore, j’ai voulu écrire deux nouvelles chansons que nous jouerons au Grand Théâtre d’Angers, sans jamais avoir trouvé le temps propice pour les écrire. C’est donc reporté à demain… Il y aura d’ailleurs beaucoup de chansons nouvelles qui seront jouées à cette occasion. L’une d’entre elles – Fall Of The French Empire – est très excitante. La première fois que j’ai entendu ses arrangements, son ambiance m’a étrangement plongé dans un truc génial que John Barry aurait écrit pour un James Bond, avec une énorme section de cuivres teintée de soul. On n’était encore jamais allé par là, alors allons-y. Je rêve déjà de la manière dont elle va sonner avec l’orchestre classique.

Cette semaine enfin, j’ai continué à chercher des partenaires médias pour nous aider à mettre un petit peu plus en lumière ce concert du 8 avril. Il y a beaucoup de bienveillance et d’enthousiasme extérieurs autour de tout ça, c’est fabuleux. J’ai toutefois reçu un mail qui dit non, mais « N’hésite pas à nous contacter pour d’autres sorties d’album ». Soit. Et d’ailleurs, pourquoi hésiterais-je ?… Cet album a été le processus de longs mois, alors à lui de trouver sa place et d’exister au mieux, et pendant quelques mois encore, si possible. C’est sans doute aussi une épreuve de résistance que de considérer qu’il ne doit pas être balayé deux mois après sa sortie. Nous n’enregistrerons pas d’album tous les deux mois, j’en fais le constat. A l’inverse, d’autres ont bien voulu s’arrêter un instant sur ce disque, comme Alain Maneval dans son émission L’album de minuit. Il annonce à l’antenne de France Inter notre concert symphonique, et me confirme qu’il viendra même y assister. Cette nouvelle est d’autant plus réjouissante que j’associe toujours son nom à un entretien TV remarquable qu’il avait consacré à Philippe Pascal et Pascale Le Berre sur Arte. Passionné par ce duo et par l’histoire de leurs groupes hors-normes qui ont ouvert la voie au rock littéraire d’ici, je m’étonne que personne ne se soit encore collé à une biographie sur le parcours de Marquis de Sade/Marc Seberg.

Cette semaine enfin (bis), je m’étais promis depuis plusieurs semaines de lire les mots et images de Planète Pliante de mon ami David Jacob. J’avais déjà été ébloui par La Diva Du Bocage qui prenait l’angle original de faire entrer en résonance des voix, des timbres de voix et leurs éclats si familiers, si étrangers, de ceux qui s’infiltrent et scellent nos vies, dans des situations si parlantes qu’elles laissent sans voix, ou encore dans une ode aux voix chantées de la pop. Je suis décidément bien chanceux d’être ce primo-lecteur, une fois encore. Mieux, honoré d’en être l’un des porte-voix évoqués à l’intérieur. Sous forme de livre-CD ponctué d’habillages sonores, aucune parution de Planète Pliante n’est prévue pour l’heure par ce brillant auteur de l’ombre, mais je mise fort sur la curiosité d’un éditeur pour détecter l’écriture ciselée de ces aphorismes sensibles, qui interrogent, qui font mouche sans être jamais convenus – c’est toujours dans cet espace abstrait et juste que se libère la force poétique -, semblables à des dialogues défilant sur fond de plage avant, plage arrière, livrés à une mélancolique mise à distance et au plus près des mémoires :

10966958_10153162703733783_588077154_n« Nos retours, nos départs ne valent
Que pour et par nos retrouvailles ».

J’y reviendrai sûrement.

Première lecture de notre concert symphonique, j’y reviens encore : dimanche 8 mars. A Singer Must Die ne jouera pas mais Manuel et moi serons là, cœur battant, pour écouter l’Orchestre de Chambre d’Anjou interpréter nos chansons : je sais déjà que ça va être une redécouverte totale, vivante, vibrante de nos propres titres, quelque chose qui aura sans doute le goût étrange d’une vie en grand, déjà autonome, presque extérieure à nous-mêmes.

Je raconterai ici ces émotions autour du 10 mars. J’ai hâte.

Belle journée à tous.

Manuel Ferrer