Live Report – MaMa Festival – Jour 3 (16 octobre 2015).

Dernière soirée et final en beauté tranquille à l’image d’un festival éclectique. Ayant renoncé à tout voir vendredi j’avais jeté mon dévolu sur Noiserv, Philemon Cimon et Fragments.


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David Santos, aka Noiserv, sortira son dernier album en France à la fin du mois. Il fait partie de ces artistes qui transcendent la musique, ces enchanteurs, qui avec quelques notes, d’une suite d’accords, créent des mondes singuliers, des univers parallèles et pourtant bien ancrés dans le quotidien, ces magiciens qui déclenchent des réactions en chaine à l’écoute de leurs compositions savantes et touchantes. Multi-instrumentiste et chanteur, Noiserv délivre un set à la fois intimiste et puissant, chaud et poétique, devant un public conquis. Ses mille-feuilles sonores sont d’une redoutable efficacité et d’une beauté qui m’émeut profondément. Quelque part entre des Belle Arche Lou sous caféine pour la dimension panoramique des voyages qu’ils proposent, et le Yann Tiersen des débuts mais en plus extraverti, la musique du portugais est bienveillante, d’une mélancolie lumineuse et optimiste. L’album qui arrive est splendide et le live, ponctué d’interventions plutôt drôles, est très au point dans cette salle des Trois Baudets bien remplie. Très joli moment. Nul doute que la France lui réservera un accueil digne de ce nom. Je reviendrai sur l’album prochainement.


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J’ai découvert Philémon Cimon avec son « tube » Moi j’ai confiance, sur une compile La Souterraine, et j’avais très envie de voir le reste de son répertoire sur scène. Je n’ai pas été déçu. Devant une assemblée à l’accent majoritairement québécois, il montre une palette de talents bien plus large et moins lisse que l’évidente accessibilité de ce « hit » imparable. Fouillant les recoins parfois sombres de la relation amoureuse (et plus largement des relations humaines) en quête d’une vérité incertaine, il délivre au moment où l’on s’y attend le moins quelques flèches empoisonnées au venin du sarcasme et de la lucidité. Très habité par sa musique qui vire parfois au blues pop et en même temps très décontracté, il déploie un univers singulier, plein de charmes, d’émotion et de sortilèges. Vive le Québec libre.


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J’avais vu les Fragments aux Trans l’année dernière. J’avais vraiment aimé leur musique panoramique (chronique de leur 1er EP ici : Fragments) pleine d’images, de vents porteurs et de transports immobiles. Ils ne sont pas si nombreux les partisans d’une musique instrumentale qui arrivent à s’y bien décrire nos montagnes russes émotionnelles. Le set des Trans était maitrisé, propre, peut-être un peu sur la réserve. Aucune trace de timidité maintenant, tous les morceaux prennent une ampleur et une densité assez impressionnante. Nul doute que les Rennais ont pris de l’épaisseur, une maturité certaine. Plus puissant, plus lâché, le live de ce soir est vraiment enthousiasmant et met vraiment en valeur la qualité de ces compositions qui planent sur les cimes d’une fusion musicale entre électronica aérienne et post-rock brûlant. Sentiment visiblement partagé autour de moi. Un tout bien plus que des fragments.


Matthieu Dufour