Chronique – Noiserv – A.V.O.

0001901612_36


Vendredi 30 octobre, Almost Visible Orchestra, l’album de David Santos aka Noiserv, sort en France. J’espère sincèrement que l’accueil sera à la hauteur de la beauté de ce disque. Un album qui mérite de gagner le cœur du plus grand nombre. Dès la lecture du tracklisting on sait qu’on a à faire à un artiste qui sait où il va et qui travaille dans son coin à bâtir une œuvre si personnelle que chacun pourra s’y retrouver. Du talent de rendre l’intime universel. Des titres de chansons longs comme des titres de nouvelles, des titres teintés d’une douce ironie et annonciateurs d’histoires miniatures dans lesquelles l’auteur se raconte au fil de l’eau, de sa voix chaude et enveloppante, nous faisant partager ses interrogations métaphysiques, ses espoirs lumineux, ses pensées fluctuantes.

Entrer dans A.V.O. c’est embarquer à bord d’un voilier ancien pour une croisière sur un fleuve large et sauvage, destination inconnue, se laisser porter par les courants chauds et doux des vents mélancoliques. Se laisser bercer par ces mélodies riches et raffinées. Ils ne sont finalement pas si nombreux les artistes capables de produire des morceaux qui tiennent en équilibre sur le fil de nos promesses en transit, des chansons qui lévitent portées par des compositions dans lesquelles la science, la maitrise ou encore le savoir-faire ne sont jamais gratuits et ne s’imposent pas au détriment de l’émotion. Des chansons sans coutures apparentes. Impossible, à moins d’être blasé ou cynique, de ne pas sentir son cœur vibrer au rythme de ces harmonies touchantes entre pop et folk, impossible de ne pas laisser ces mélodies ciselées et tout droit sorties d’une boite à musique pour adultes envahir en boucle nos têtes embrouillées. Multi-instrumentiste talentueux Noiserv n’est jamais en démonstration et chaque son, chaque ligne, chaque intervention est à sa place : l’émotion, la nuance, l’évocation plutôt que la virtuosité, la prétention ou la force.

Certains penseront forcément à Tiersen, celui des débuts, mais un Tiersen du sud, chaleureux, lumineux, plus extraverti. Là où l’apport de tous ces instruments est précieux c’est dans leur faculté à nuancer et envelopper chacune de nos émotions contrariées et changeantes. Ces mille-feuilles mélodieux viennent s’enrouler tout autour de nos émois volatiles pour tenter d’en capturer l’essence, le cœur, la moelle. Ces constructions raffinées permettent d’ouvrir le champ des possibles de nos êtres souvent trop occupés à se laisser aller, ces chansons à la beauté enfantine réveillent des zones oubliées, révèlent la richesse et la subtilités de nos sentiments que l’on a trop souvent tendance à considérer comme monolithiques.

Tel un orfèvre capable de faire surgir la lumière d’une pierre sombre, Noiserv donne l’impression de connaître les moindres recoins de l’âme humaine. Tel un acupuncteur à la science ancestrale il sait exactement où appuyer, ou piquer. Cet album magnifique sera donc un refuge de plus dans notre discothèque. Aux côtés d’autres précieux alchimistes capable de transformer le spleen en douce euphorie, je pourrai m’y lover quelle que soit mon humeur : il fera venir les larmes trop longtemps retenues un soir d’impasse, il accrochera un sourire béat à mon cœur trop grand un matin de juin, une aube pleine de promesse, il apaisera mes angoisses à chaque équinoxe revenue. Cet album est un formidable élan, il donne envie de tomber amoureux ou de déclarer à nouveau sa flamme, il dit aux enfants de croire en leurs rêves les plus fous, il fait le tri entre le bon grain du passé et l’ivresse à venir. Ce disque est une pierre précieuse, chaque facette éclaire ces instants partagés d’une lumière singulière. Énorme coup de cœur pour cette musique bienveillante.


Matthieu Dufour


Live report MaMa festival Noiserv